OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 [ITW] Le bon plan de WAN http://owni.fr/2010/11/03/itw-le-bon-plan-de-wan/ http://owni.fr/2010/11/03/itw-le-bon-plan-de-wan/#comments Wed, 03 Nov 2010 17:49:44 +0000 Charlotte Cordet http://owni.fr/?p=27645 Yann (guitariste) et Fred (bassiste), riches d’expériences musicales diverses, se sont rencontrés en 2006. La volonté de travailler sur un concept original donne naissance à WAN, un groupe aux influences electro rock. Pour appuyer l’aspect original, sortir des sentiers battus, ils créent un site qui leur donne un rythme de création tout en commençant à construire une base de fans. Leur concept, le Plan :

12 Stations = 12 Singles

Suivez la construction du plan en temps réel le 1er mardi de chaque mois

1 mois = 1 nouveauté

Nous les avons interviewé :

Depuis quand avez-vous pris le parti de développer votre “présence en ligne” comme un élément de communication ?

Fred : Pour répondre simplement, je dirais depuis le début. Mais les choses n’étant pas si simples, nous avons suivi l’évolution classique des groupes en ligne.
Nous avons commencé par MySpace car cette plateforme est inévitable pour un groupe, mais insuffisante. Puis une multitude de réseaux sociaux se sont développés, nous sommes donc présents sur Facebook , Twitter, et YouTube.
Etre visible sur tous ces réseaux s’avère incontournable, mais toujours insuffisant.

Nous avons donc décidé de créer notre propre site avec une ligne directrice nous permettant de fidéliser les internautes.
Le site www.wanmusic.net a vu le jour en juin 2010. Son concept est ultra simple :  chaque premier mardi du mois un nouveau titre est mis en ligne. Nos titres sont téléchargeables sur les plateformes de vente en ligne les plus connues : iTunes, Amazone, Fnac,…

Quel a été l’élément déclencheur?

Yann : pour nous tous, internet fait maintenant partie intégrante de notre vie de tous les jours. C’est un vrai Monde dans le Monde. Il est en perpétuelle évolution et cela ne fait que commencer. On ne peut pas être des artistes proposant une musique dite moderne et ne pas être présent sur la toile ! De plus c’est un terrain d’expérimentation formidable et nous voulions faire partie de cette dynamique.

C’est vrai qu’il y a énormément (trop ?) de réseaux sociaux de toute sorte pour un groupe de musique comme le notre. Ce qui est sûr, c’est que nous voulions proposer un univers qui nous soit propre, qui nous corresponde et qui soit un réel outil d’expression artistique. Bien-sûr, nous ne pouvions pas faire l’impasse sur les différentes plateformes existantes mais nous nous sentions à l’étroit dans ces pages toutes faites et très peu personnalisables.

Après beaucoup de travail en home studio et en répétitions, nous avons pris un peu de recul sur notre situation, et réfléchi à des solutions pour faire avancer le projet WAN.
Les titres sont là, les musiciens aussi, mais sans label ni tourneur, nous pourrions ne pas aller plus loin. Il devient alors indispensable de trouver une idée directrice que nous appellerons LE PLAN.
Nous créons un site web autour de ce concept et élargissons nos compétences en s’entourant d’un maximum de personnes pouvant nous aider à faire connaître WAN sur la toile.
Notre travail de musiciens s’est transformé en une petite entreprise avec ses propres objectifs et échéances mensuelles dés la création de wanmusic.net.

Faites-vous un usage différencié de ces différentes plateformes et considérez-vous que cela fasse partie de votre travail en tant qu’artiste ?

Fred : Il est vrai que l’arrivée des réseaux sociaux sur internet a inévitablement changé l’approche et les démarches d’un groupe en matière de communication. On ne peux plus se contenter de faires quelques flyers et poser quelques affiches.

Ces dix dernières années les coutumes et pratiques des consommateurs de musique et de concerts se sont complètement métamorphosées, les MAJORS qui tenaient les rênes se sont effondrés, et l’autoproduction à muter dans l’anarchie la plus totale. Aujourd’hui la question est de savoir par quel mécanisme arriver à sortir du lot.

Les solutions sont aussi variées qu’improbables. Grâce au support digital, il est beaucoup plus simple d’être présent dans toutes les grandes boutiques en ligne, chose qui était quasi-impossible en autoproduction il y a encore quelques années. La contrepartie est que le nombre de groupes présents a explosé.

Se contenter de ne travailler que sur la musique et devenu une utopie.

A la base nous sommes des musiciens et pas des commerciaux ! Nous sommes obligés d’apprendre sur le tas des métiers qui ne sont pas les nôtres et dont on se serait bien passé.

Pour nous, faire de la musique est presque devenu un luxe et c’est un problème.

Êtes-vous vous-mêmes lecteurs de blogs, et que pensez-vous du rapport aux lecteurs, à la communauté, que cela induit ?

Yann : j’aime bien me balader sur la toile et découvrir ce qu’il se passe sur les blogs, même si c’est souvent la jungle. Le ton y est franc et on a des gens passionnés qui s’expriment sans langue de bois. Avec un peu de curiosité on trouve son bonheur.
J’avoue être très particulièrement attiré par les podcasts indépendants (je suis par exemple un grand fan de Nowatch). On y vit ce qu’il s’est passé dans les années 80 avec les radios libres de la bande FM. J’aime beaucoup le format audio et vidéo qu’ils proposent. De plus, il est très intéressant de continuer les débats et donner son avis sur les forums avec les autres internautes.
Il faut dire aussi que pour un groupe autoproduit comme le notre, les responsables et rédacteurs des blogs et autre podcasts sont plus facile d’accès que les grands médiats (et ce n’est rien de le dire !!!). On a une réelle opportunité de se faire connaitre de ces personnes-là même si ils croulent de plus en plus sous la demande…

Expliquez-nous le “plan”. Pourquoi, comment? Quel sont vos projets une fois cette première ligne de plan fini?

Fred : Notre démarche a été de mettre en place une dynamique, des échéances précises à notre travail et un concept original lié au développement du groupe.
L’univers musical de WAN est souvent apparenté à un voyage, d’ailleurs c’est notre façon de présenter le groupe : « un voyage entre rock et électro ».
Nous avons tout simplement choisi la métaphore qui nous à parue la plus pertinente : une ligne de métro virtuelle que l’on construirais au fil du temps. Ainsi est né « LE PLAN ». Cela peut-être un nouveau titre mais aussi une vidéo ou un clip.

Les idées ne manquent pas pour agrémenter le contenue du site : sonneries téléphoniques gratuites, wallpapers, mais aussi WANmix gratuits. Les WANmix sont des versions mp3 multipistes de nos morceaux permettant aux internautes de remixer nos titres et de les proposer sur le site. Pour les WANautes les plus novices, nous proposons aussi une WANmixette qui permet de remixer nos morceaux en toute simplicité.
A travers LE PLAN, la partie communautaire est omniprésente, et nous mettons tout en œuvre pour que l’internaute s’y trouve impliqué le plus possible.

A l’heure actuelle, nous avons cinq titres en ligne, et le PLAN en comportera douze. Il est encore un peu prématuré pour dire ce qu’il se passera une fois la ligne 1 terminée. Les réactions des internautes nous aiderons à élaborer les futures stratégies, une seconde ligne peut-être…?

Quelle utilisation faites-vous des réseaux sociaux ?

Yann : les réseaux sociaux sont une manière très intéressante de se faire connaitre, ça c’est sûr ! Ce qui est sûr aussi c’est que dans notre cas (nous sommes deux à gérer notre projet, même si heureusement des personnes nous soutiennent et viennent nous aider) cela demande un temps et une énergie que nous ne pouvons malheureusement pas toujours fournir!
En effet, les tâches que nous devons accomplir sont multiples et variées. Gérer et programmer le site, sortir un morceau par mois et créer son visuel, préparer la suite des événements (composition, arrangements, mix et mastering des titres; conception et réalisation des futurs clips avec des réalisateurs que l’on doit trouver; communiquer sur le groupe et bien d’autres choses).
De plus, nous devons travailler sur la partie live de Wan. Ceci implique des répétitions avec les musiciens qui nous suivent et la conception d’un spectacle proposant un univers cohérant avec ce que nous faisons sur internet en le développant et l’adaptant pour la scène.
Et je ne parle pas de la partie prospection pour trouver des concerts car c’est une autre histoire ! ;-)

Quels sont les réactions auxquelles vous faites face avec ce plan ? Comment les gens réagissent-ils ?

FRED : De manière générale, les gens trouvent le concept original. Nous essayons de réagir aussi vite que possible aux éventuelles incohérences de notre site web, et proposons un forum de discussions en ligne.
Il est évident que ce sont les concerts qui nous emmènent le plus de retours. Notre trafic en ligne est très lié à notre actualité live.
Nous avons d’ailleurs étés assez surpris de l’étendue géographique des visiteurs du site.
Même si le nombre de visiteurs s’intensifie chaque début de mois, il reste difficile de se faire une idée précise des retombées de notre plan après seulement six mois d’existence.

Sept titres vont venir compléter ce concept d’ici l’été 2011, un premier clip sera en ligne en novembre 2010, donc nous aurons des retours de plus en plus précis ces prochains mois.

On m’a souvent dit que l’on aimait beaucoup écouter WAN dans la voiture ou pausé tranquillement au fond d’un canapé, alors je le demande : à quand le web dans les autoradios ?

Que pensez-vous de la loi Hadopi, et plus généralement des possibilités d’évolution du modèle économique de l’industrie de la musique liées à la dématérialisation des contenus (plateforme de streaming, projets alternatifs) ?

Yann : Hadopi…ils ne savent même pas encore quelles offres légales proposer contre les “méchants usagers” qui téléchargent et sont un énorme manque à gagner pour les maisons de disque qui se sont bien gavés sur leurs dos et les artistes multi disques d’or qui passent en rotation sur les radios et à la télé !

Et oui, il y a un truc bizarre qui est arrivé dans les foyers et qui s’appelle internet. C’est sûr que ça doit faire tout drôle de constater qu’on a beaucoup moins de millions qu’avant en faisant les mêmes choses…qu’avant !
Le marché a changé et il faut s’adapter, proposer des choses nouvelles et intelligentes.
Contrairement à ce que dise certain, il n’est pas plus dur pour un artiste de se faire signer aujourd’hui car ça a tout simplement toujours été la galère.

Il faut arrêter avec l’argument : « on ne peut plus signer beaucoup d’artistes car cela demande de l’argent pour son développement et l’argent se fait rare à cause du piratage ». Repensez plutôt à votre manière d’investir sur vos poulains!

Les solutions de streaming avec abonnement semblent aller dans le bon sens! De toute façon, de nouvelles offres et solutions se profilent mais tout cela prend un peu de temps, c’est normal.

Vous êtes-vous fixés des objectifs à atteindre ?

Fred : Notre objectif premier est d’aller jusqu’à la douzième station du Plan !
Plus sérieusement, notre concept nous permet d’avoir une actualité tous les mois, et pas seulement ponctuelle comme lors de la sortie d’un album. C’est un plus pour nous car cela nous laisse du temps pour nous développer et rencontrer un public et des gens susceptibles de nous aider. Il faut rester dynamique pour que Wan vive, évolue et que de nouvelles idées jaillissent.

Nous comptons sur le fait que des labels et tourneurs puissent être intéressés par un groupe proposant de lui-même des idées pour se développer tout en étant créatif du point de vue artistique.

Notre démarche a par exemple séduit un réalisateur avec qui nous avons tournés notre premier clip qui sort en novembre sur le site.
De plus, une communauté se forme au fil des mois et ceci est important pour notre crédibilité face aux professionnels de l’industrie musicale.

Pour finir, avez-vous une date pour la sortie d’un album, des concerts de prévus, un coup de cœur musical à partager ?

Yann : Il y a 12 stations sur Le Plan, donc il est fort possible qu’un album sorte plus tard mais rien n’est encore défini. Je pense que si un album doit voir le jour, il aura forcément quelque chose de particulier par rapport au Plan tout en maintenant une cohérence. On verra bien le moment venu.
Nous avons fait quelques concerts mais nous voulons concevoir un spectacle dont nous serons fiers ! C’est un voyage, à l’image de notre musique, que nous proposerons au public. La scène est pour nous un élément essentiel que nous voulons développer au mieux. Nous sommes ultra motivés.

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L’essor de l’orientation visuelle dans la presse en ligne http://owni.fr/2010/09/28/l%e2%80%99emergence-du-titre-visuel-dans-la-presse-en-ligne/ http://owni.fr/2010/09/28/l%e2%80%99emergence-du-titre-visuel-dans-la-presse-en-ligne/#comments Tue, 28 Sep 2010 06:30:36 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=29668 Thierry Gervais est le premier à avoir attiré l’attention sur le rôle structurant de la présentation graphique des périodiques illustrés . De longue date, les ressources de la typographie ont été utilisées pour agencer visible et lisible. Depuis le milieu du XIXe siècle, l’intégration progressive de l’image et le développement de codes graphiques spécifiques à la presse ont permis d’élaborer progressivement une grammaire spatiale complexe, outil d’organisation et de hiérarchisation de l’information. Facteur essentiel autant que méconnu, la mise en forme de l’information est désormais une composante décisive de son éditorialisation.

Lorsque les organes de presse investissent le web, ils essaient d’abord de reproduire cette architecture complexe, articulée autour du multicolonnage, du rôle de la titraille et de l’échelle des images. Mais les caractéristiques de l’écran et des pratiques de consultation en ligne sont diamétralement opposées aux habitudes de visualisation globale qui ont structuré le papier. Passer de la spatialité tangible du couple volume/page à la profondeur virtuelle du web oblige à une reconfiguration drastique de la mise en forme de l’information.

Deux principes organisationnels se rencontrent: la structure tabulaire hiérarchique, qui signifie l’importance d’une information par son ordre et sa dimension, à la manière de l’ancienne Une papier, et la liste rétrochronologique issue des blogs, adaptée à la verticalisation de l’édition sur écran (que le site 20minutes.fr sera l’un des premiers à adopter de façon systématique). La nouvelle page du Monde.fr montre un exemple de croisement des deux modèles, qui réserve l’espace du haut de page à l’information hiérarchiquement la plus marquante, tout en déployant plusieurs listes classées chronologiquement.

Face à la multiplication des contraintes visuelles (notamment la gestion des espaces publicitaires), mais aussi à la réduction des moyens économiques alloués à l’activité graphique , l’image – ou plus exactement la vignette –, apparaît comme un moyen simple et efficace de structurer la présentation de l’information en ligne, et particulièrement de rendre plus lisibles et plus agréables les systèmes de liste (voir ci-dessous).

Le développement du rôle éditorial de l’image sur les supports en ligne s’explique également par  l’appauvrissement de l’information contextuelle issue des pratiques de consultation. Alors que l’organisation spatiale d’un journal permet par exemple de savoir quel espace thématique accueille un article en fonction de sa place dans le chemin de fer (pages international, politique, faits divers, sports, culture, etc.), les circulations en ligne, les signalements par l’intermédiaire des réseaux sociaux ou l’accès via un moteur de recherche font perdre une partie importante de ces informations structurelles. Ces nouvelles contraintes expliquent les différences de titrage, qui sont souvent plus complets ou plus explicites en ligne. C’est pour la même raison de clarification sémantique que l’on a vu s’imposer la forme désormais la plus répandue de la présentation d’une information en ligne, à savoir le couple titre/illustration de titre, suivi du texte de l’article (voir ci-dessous).

La richesse de la culture photojournalistique fait aujourd’hui de l’image l’équivalent d’un deuxième titre, dans ses fonctions de signalétique éditoriale comme de présentation synthétique ou d’indication d’angle de traitement du sujet. Lié aux caractéristiques du web, cet usage accentue très sensiblement la propension à recourir à l’image comme illustration plutôt que comme document. Ainsi que de nombreuses observations collectées sur Culture Visuelle permettent de l’établir, l’image, en combinaison avec l’intitulé textuel, fait aujourd’hui bien souvent fonction de titre visuel. Un emploi qui s’inscrit certes dans la longue histoire de la forme magazine, mais dont l’irrésistible expansion n’est pas un des moindres facteurs de la déstabilisation de l’économie des images.


MàJ du 29/09/2010

Un exemple qui confirme le couplage de plus en plus étroit du titre d’article et de sa vignette dédiée: la modification du titre du même article, à une heure d’intervalle, sur le site du Monde.fr (voir ci-dessus, captures d’écran du 29/09/2010 à 9:01 et 10:01), s’accompagne d’un changement d’illustration, qui correspond à un ajustement de la présentation de l’information.

Je profite de cette mise à jour pour modifier le titre du billet (initialement: “L’émergence du titre visuel dans la presse en ligne”). “Orientation” me paraît être un meilleur terme pour décrire ce qu’est précisément le rôle du titre, qui est simultanément un rôle signalétique et un rôle de caractérisation sémantique. La notion d’orientation (distincte de la notion d’”angle” enseignée dans les écoles de journalisme, qui correspond à un choix de traitement d’un sujet) n’est pas une notion standard du journalisme, car elle contredit la revendication de neutralité qui est à la base de la doxa. Pourtant, la pratique journalistique ne livre jamais une information brute, mais au contraire une information éditorialisée, soigneusement mise en scène. Comme on peut le vérifier avec l’exemple ci-dessus, le choix du titre joue un rôle crucial dans l’interprétation de l’information prodiguée. C’est bien ce double rôle d’orientation signalétique et sémantique, accentué par l’économie de la présentation en ligne, que le titre partage désormais de plus en plus souvent avec sa vignette dédiée.

Billet initialement publié sur L’Atelier des icônes, un blog de Culture visuelle ; image CC Flickr Stitch

Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI

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Vers un web sans sites web http://owni.fr/2010/05/03/vers-un-web-sans-sites-web/ http://owni.fr/2010/05/03/vers-un-web-sans-sites-web/#comments Mon, 03 May 2010 14:51:59 +0000 Thierry Crouzet http://owni.fr/?p=2390 Les sites web ont été imaginés pour stocker des informations et les afficher à travers des navigateurs. Ce fut une révolution, notamment grâce à l’hypertexte décentralisé, mais aussi une façon de traduire à l’écran ce que nous connaissions sur le papier.

Il suffit de voir à quoi ressemblent encore les sites des journaux (où même les blogs): à des journaux traditionnels ! Très loin du look Google ou des services 2.0 les plus avancés. On reste dans l’ancien monde de Gutenberg.

Le web s’attachera-t-il longtemps à ce passé poussiéreux ? Je ne crois pas. Le web 3.0 n’existera jamais. Le web n’était qu’une étape transitoire, une façon de porter vers le numérique ce dont nous disposions déjà, un nouveau monde, certes, mais attaché à l’ancien monde. Incapable de vivre sans lui (d’où le problème du piratage qui n’est autre que le phagocytage de cet ancien monde).

flux

Ce que nous avons appelé le 2.0 n’était pas une révolution du web mais l’arrivée massive de services. Nous avons inventé notre boîte à outils : coopération, diffusion, recherche, agrégation… Ces outils nous aident à manipuler l’information et à la faire circuler.

Notre fusée peut maintenant lâcher son premier étage qui jadis la connectait au sol. Elle s’élève vers quelque chose de neuf, un cyberspace dans l’esprit de Gibson, un univers de flux qui se croisent et s’entrecroisent, s’éclairent mutuellement, se dissolvent, se reconstruisent ailleurs… phénomène évoqué par Nova Spivack.

L’idée d’un lieu de lecture privilégié et monétisable, le site web, est révolue. Nous avons des sources d’informations, les blogs par exemple, qui propulsent l’information pure dans le cyberspace. Puis elle circule, s’interface, se représente, se remodèle. Elle n’a plus une forme donnée, une mise en page, mais un potentiel formel qui peut s’exprimer d’une infinité de façons. Je me moque de la forme originelle quand je lis sur un agrégateur, éventuellement ouvert sur mon mobile.

Nous allons sur le web pour publier, régler nos tuyaux à flux, les brancher les uns sur les autres, les combiner, les croiser, les filtrer, les comparer… Nous y affutons notre moteur et puis notre vie numérique se passe ailleurs. Dans notre desktop, nouvelle génération de navigateur, sorte de récepteur de flux, où tout se combine et prend forme.

La fin du web, l’âge des propulseurs

Les sites deviennent des bases de lancement. Nous n’avons plus besoin de les visiter. Ils ont leur importance, tout comme celui qui parle a de l’importance, mais nous n’avons aucune raison de nous trouver en face de lui pour l’entendre. Nous pouvons le lire ailleurs, l’écouter ailleurs, le voir en vidéo ailleurs…

Cette pratique est à vraie dire fort ancienne, familière au monde de l’édition. Pour un texte, la forme est transportable, c’est la façon dont les idées et les scènes s’enchaînent, dont elles sont rendues, écrites… Le fond et la forme font bloc. La mise en page est une forme supplémentaire qui, le plus souvent, intervient en fin de chaîne. D’une manière générale, un même texte est lisible de plusieurs manières au fil des éditions (cartonné, souple, poche, luxe…).

Dans le monde des flux, comme dans celui de l’édition, la forme finale garde une grande importance mais elle n’est plus gérée à la source. C’est le desktop qui agrège les flux, se charge du rendu. Suivant les desktops, nous aurons des philosophies différentes. Des templates s’y grefferont. Tout changera encore en fonction du device de lecture (ordinateur, téléphone, reader…).

Un modèle que nous croyons stabilisé, celui du web, s’écroule. Il restera peut-être des boutiques, des points localisés d’interface avec la réalité matérielle, mais pour tout le reste, pour tout ce qui est numérisable, le point d’entrée localisé n’a plus aucun sens. L’information sera partout, dans un état d’ubiquité et de fluidité. Les liens se réorganiseront dynamiquement, bidirectionnellement, un peu comme les signaux dans un cerveau.

Le web ressemblait au monde de la presse. Le flux ressemblera au monde du livre, un monde où les livres seraient vivants, où chaque mot pointerait vers d’autres livres, où chaque phrase engendrerait des conversations avec l’auteur et les lecteurs. Ce n’est sans doute pas un hasard si de nouveaux readers voient sans cesse le jour en ce moment même. Nous devons pouvoir incarner le flux où que nous soyons.

Nous allons pousser des données dans le flux global. Certains d’entre nous se conteront de régler la tuyauterie, d’autres d’envoyer avec leur blog des satellites en orbite géostationnaire, d’autres de courts messages microblogués, juste des liens, des sourires, des impressions pendant que d’autres expédieront des vaisseaux spatiaux pour explorer l’infini, des textes longs et peut-être profonds.

Le temps des propulseurs est venu.

Notes

  1. Auteur, blogueur, éditeur, commentateur, retwitter… sont des propulseurs. Le consommateur passif est en voie de disparition. Si j’aime quelque chose, je le dis, donc je propulse.
  2. Dans la logique du web actuel, un éditeur ne diffuse dans ses flux RSS que les résumés de ses articles. Le but étant de renvoyer du trafic à la source.
  3. Dans la logique des flux, brider en sortie le flux RSS est une absurdité puisque la source n’est qu’un propulseur. Brider revient à refuser d’être lu. Plus personne n’aura envie d’aller visiter le propulseur.
  4. Tous les sites médias brident leurs flux pour tenter de préserver l’ancien modèle publicitaire. Alors qu’ils survivent avec difficulté sur le web et envisagent presque tous de revenir au modèle payant, un monde plus radicalement éloigné du leur apparaît. J’anticipe des jours de plus en plus sombres pour l’industrie de la presse.
  5. Les journaliste qui deviendront des propulseurs s’en tireront. Ils apprendront à régler la tuyauterie. Nouvelle génération de plombiers.
  6. Reste à inventer les outils de statistiques adaptées aux flux, comme les outils de monétisation des flux. Mais ceux qui attendront ces outils pour changer de paradigme seront une nouvelle fois laminés.
  7. Peut-être que la monétisation s’effectuera au moment de la lecture sur le modèle iTune. Je vois l’intérêt pour une œuvre originale, par exemple la nouvelle de Gwen, mais quel intérêt pour une news reprise partout sans guère de variation ?
  8. J’aime Twitter parce que c’est une technologie de lifestream qui révolutionne le web et nous fait enter dans l’ère des flux. J’aime Twitter parce qu’il devient un protocole auquel nous donnent accès des applications tierces. J’aime Twitter parce que je ne vais jamais sur Twitter. Je ne devrais même plus parler de Twitter mais uniquement d’une Federal Public Timeline. Elle m’aide à propulser mes textes et mes idées passagères dans le cyberspace naissant.
  9. Le cyberspace nait aujourd’hui même. Le web restait dépendant de l’ancien monde matériel. Voilà pourquoi les marchants ont été les premiers à s’y épanouir.
  10. Nous devons générer les flux avec nos outils, les mixer avec nos outils. Les flux doivent circuler et n’appartenir à personne sinon à leurs propulseurs respectifs. Nous sommes encore loin d’en être là mais c’est la direction. Un web où les sites s’effacent au profit de ce que nous avons à dire et à échanger.
  11. Ainsi Twitter devra être remplacé par un protocole décentralisé et robuste. Les développeurs y réfléchissent.
  12. C’est à Mozilla de devenir un desktop pour agréger tous les flux. Seesmic et cie ont peu de chance de se tirer d’affaire.
  13. Notre identité numérique sera concentrée sur notre point de propulsion, c’est là qu’elle s’incarnera, c’est de là qu’elle essaimera dans le cyberspace.
  14. Je crois aussi que le point de propulsion doit être open source, pour que notre identité n’appartienne à personne. WordPress est le meilleur point actuel. Mais sans doute trop marqué par son passé blog. Il faut un outil ou des outils capables de gérer tous les types de propulsion possibles.

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Article: Texte initialement publié sur Le peuple des connecteurs

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whitehouse.gov et elysee.fr : “Président digital” vs “Président analogique” http://owni.fr/2010/03/30/whitehousegov-et-elyseefr-president-digital-vs-president-analogique/ http://owni.fr/2010/03/30/whitehousegov-et-elyseefr-president-digital-vs-president-analogique/#comments Tue, 30 Mar 2010 13:47:11 +0000 Benoit Thieulin http://owni.fr/?p=11195 capture-de28099ecran-2010-03-30-a-151528

Si en terme de communication institutionnelle, et encore, descendante, le nouveau site de l’Elysée tient la comparaison avec son frère (de design) américain, il est lâché lorsqu’on examine les usages sociaux et innovants ainsi que les politiques publiques en matière de numérique : le gouvernement 2.0 parait bien loin.

La réactivité du web, et son humour, continuent de m’impressionner et de m’amuser : à peine le nouveau site de l’Élysée était-il lancé, fort de sa ressemblance assez frappante avec sa grande sœur whitehouse.gov, que www.whiteelysee.fr apparaissait sur Twitter pour s’en moquer gentiment.

Cela dit, aucune honte à s’inspirer de ce qui marche. Le site d’Obama est pas mal, donc, rien d’infamant à suivre la voie, même si l’inspiration frôle en l’espèce un peu trop la copie pure et dure… Regardez quand même ce qu’un graphiste m’a montré : le plagiat se loge même dans certains détails ; dommage, ils auraient pu quand même faire preuve d’un peu plus d’audace et d’imagination. D’autant qu’il s’agit presque là d’une récidive : le précédent site de l’Élysée avait déjà défrayé la “chronique du web” à son lancement tant il ressemblait comme un clone… au site du candidat Sarkozy pendant les présidentielles… Mais tout cela est anecdotique ; soyons beaux joueurs : le paquet semble avoir été mis sur la production des contenus ; le résultat est pas mal du tout pour un site de pure communication descendante.

Au-delà des aspects ergonomique et graphiques, en effet proches de ceux de la Maison Blanche, et assez efficace, il y quelques tentatives de communication assez ambitieuses qui méritent d’être saluées : “les actions”. Passons sur la phraséologie toute sarkozienne, un peu naïve et qui fait un peu sourire… Pour le reste, il y a derrière un gros boulot de structuration et de mise en forme des grands chantiers de sa présidence, reconstruit autour de ses déclarations et déplacements : présentation en amont du contexte, des enjeux, de la méthode choisie ; description de “l’événement” présidentiel, le plus souvent par un déplacement à grand renfort de photos, vidéos, etc. Puis, présentation en aval des actions, des principales mesures, du bilan (lorsqu’il y en a déjà un) et des prochaines étapes. Le tout décliné sur pas mal de thématiques. Une seule bizarrerie : naviguer dans les thématiques est du coup plus aisé et plus riche à partir des “actions” du président que par les “dossiers”, eux, beaucoup plus pauvres en contenus servis sur chacune de leur page.

Autre qualité : la fameuse recherche Exalead qui renvoie au mot près sur l’extrait vidéo du discours où le président utilise le mot recherché. Impressionnant. Ça fonctionne bien et cela peut être utile… On peut également noter les outils de dissémination, FB connect, la présence même embryonnaire sur les réseaux sociaux, etc. Tout cela n’a rien d’exceptionnel, mais c’est une avancée dans le web public français.

En revanche, là s’arrête la comparaison de part et d’autre de l’Atlantique. En effet, on aurait bien aimé que l’Élysée ne se limite pas à cette seule inspiration un peu cosmétique : la force d’Obama dans l’usage qu’il fait d’Internet ne tient pas à la jolie réalisation d’un site média bien alimenté en contenus sur l’action présidentielle ; elle consiste bien davantage en la richesse et en l’innovation de l’usage qu’il en fait au-delà de sa propre communication institutionnelle, à l’exemple des politiques publiques qu’il mène en matière numérique .

Alors, poussons un peu le parallèle. Et là, on est en droit de se demander :

- Pourquoi l’innovation des consultations publiques organisées par exemple par le département d’État américain sur www.state.gov/opinionspace, n’a-t-elle inspirée notre président ? Ou les différents dispositifs de questions mises en débat sur le site de la Maison Blanche ? Ou encore les émissions en direct ou les internautes posaient des questions via Internet ?

- Ou est l’équivalent français de data.gov qui force les administrations américaines à publier l’essentiel des données publiques pour en laisser aux citoyens la possibilité de les exploiter, de les mashuper ? Malgré l’ambition affichée par sa ministre NKM et son appel à projet, qui ne voit que le Président n’en a pas fait l’un de ses chantiers prioritaires, contrairement à Obama, visionnaire, qui a bien compris l’empowerment considérable que cela apporterait à la société ? Voila pourtant un usage révolutionnaire du Net, un levier de transformation de l’action publique. Mais sur Internet, Sarkozy a préféré le gourdin Hadopi au levier des “open data”…

- La publication des notes, études, et requêtes des lobbies publiées par Obama sur “You Seat at The Table” de change.gov, trouvera-t-elle un jour sa rubrique jumelle sur elysee.fr ou ailleurs ?

- Même les “actions” qui sont incontestablement bien réalisées sur elysee.fr, sont loin d’atteindre la traçabilité du “stimulus package” que l’on peut suivre sur www.recovery.gov. Et mieux vaut ne pas parler de www.relance.gouv.fr

Arrêtons la la comparaison. Au fond, l’analogie entre whitehouse.gov et elysee.fr tient la route tant qu’il s’agit de communication institutionnelle, et encore, descendante. Pour les usages plus “sociaux” et “innovants”, sans parler des politiques publiques menées dans le champ du numérique, malheureusement, l’hôte de la Maison Blanche tient la distance avec le locataire de l’Elysée. Une affaire qui se noue, probablement pour beaucoup, dans l’usage personnel que le premier a des outils Internet , et pas l’autre.

Au-delà de leur site de com’, le match se joue entre un “Président digital” et un “Président analogique”, pour reprendre la pertinente expression de Jean-Michel Billaut.

> Illustration par Ted Drake sur Flickr

> Billet initialement publié sur Temps réels sous le titre “En matière numérique, le match Obama / Sarkozy se joue ailleurs qu’entre whitehouse.gov et elysee.fr”

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L’audience : péché originel des sites d’information http://owni.fr/2009/12/09/l%e2%80%99audience-peche-originel-des-sites-d%e2%80%99information/ http://owni.fr/2009/12/09/l%e2%80%99audience-peche-originel-des-sites-d%e2%80%99information/#comments Wed, 09 Dec 2009 17:44:03 +0000 Jean-Louis Dell'Oro http://owni.fr/?p=6037 Bienvenue dans le monde du tout à l’audience. Toujours plus de visiteurs uniques. C’est le leitmotiv qui prévaut encore dans la plupart des sites Internet d’information des médias traditionnels. Cette fuite en avant explique en grande partie l’inadaptation économique actuelle de ces sites web. En dehors des pure players, ils ne parviendront pas à être rentables tant qu’ils n’auront pas construit une communauté d’internautes. A supposer que le journalisme reste leur fonds de commerce…

Les querelles de chiffres pour savoir « qui a la plus grosse » (audience) prouve que le marché de la presse en ligne n’est pas arrivé à maturité. Depuis l’arrivée d’Internet dans les années 90, les médias ne pensent en effet qu’en termes de quantité et non de qualité de fréquentation. Imaginez un épicier (et même une grande surface) qui considérerait de la même façon une personne qui demande son chemin et une autre qui revient 2 à 3 fois par semaine depuis plusieurs années. C’est pourtant ce que font actuellement les outils de mesure de l’audience.

Souvenez vous, il y a encore deux ou trois ans, on estimait qu’un million de visiteurs uniques serait suffisant pour faire vivre une rédaction web de taille moyenne (20 à 30 personnes). Aujourd’hui, le seuil d’équilibre budgétaire des sites s’éloigne au fur et à mesure de la progression de leur audience. Une fois le million de visiteurs uniques (VU) acquis, on se rend compte qu’il en faudrait 2. Cette fois-ci, c’est sûr, c’est la bonne. Mais une fois les 2 millions atteints, on lorgne du côté des 3 millions de VU et ainsi de suite.

Des recettes publicitaires par visiteur en baisse

Le problème : les publicités sont et continueront d’être de moins en moins rémunératrices. La presse se retranche aujourd’hui derrière son petit doigt : « C’est la crise, les budgets de communication fondent, les annonceurs sont frileux, ca va repartir, blablabla ». Peu probable. Si 2009 est bien une année exécrable pour la pub dans la presse écrite, la télévision et la radio (-20 à -25% aux dernières nouvelles), la publicité sur Internet ne se porte pas si mal (en hausse de 6,9% sur les 10 premiers mois de l’année). Par contre, la publicité rapporte de moins en moins d’argent par visiteur unique. L’abondance des espaces publicitaires favorise la chute des tarifs. Il y a en effet de plus en plus de sites Internet en France (un bon indicateur reste l’évolution du nombre de noms de domaine déposés en .fr qu’on peut voir par exemple ici). Plus grave, les annonceurs se rendront assez vite compte que la publicité est certainement bien plus efficace lorsque l’internaute s’est déjà engagé dans un processus d’achat (je pense aux sites d’e-commerce comme la sncf, amazon, ventes privées ou encore aux sites de petites annonces).

La baisse des recettes par clic ou par visiteur unique est structurelle. La crise ne fait qu’amplifier le phénomène et la seule solution qu’apportent aujourd’hui les médias, c’est encore plus de visiteurs. Une réponse qui n’a pas de sens à long terme. Pas plus que la guerre de l’audience à laquelle se livrent les médias. Car la hausse du nombre de visiteurs des sites web est tirée depuis plusieurs années par l’arrivée de nouveaux internautes. Aujourd’hui, 64% de la population est connectée. Mais d’ici 5 à 10 ans, la quasi-totalité des Français pouvant et souhaitant accéder au net sera connectée (et en haut débit). Ce qui mettra fin à la croissance « démographique » de l’audience des sites d’information.

Ils ont troqué leur audience contre de l’audience

Pour gonfler leurs recettes, la grande majorité des sites de presse en ligne (en dehors des pure players) sont entraînés dans une spirale infernale : traiter de tout, tout le temps, sans hiérarchiser ni contextualiser. En gros, faire de l’agrégation de contenus. Ironie du sort : ils accusent désormais Google de leur voler leurs recettes publicitaires. Pour faire simple, à leurs débuts, les sites Internet disposaient d’un public spécifique. Les internautes allaient sur le site du Figaro, du Nouvel Observateur ou du Parisien parce qu’il s’agissait du Figaro, du Nouvel Observateur ou du Parisien. Mais, à force de vouloir augmenter leur fréquentation, ils ont été contraints de publier tout et n’importe quoi, s’appuyant de plus en plus sur le copié-collé de dépêches. Même s’ils s’en défendent aujourd’hui, une très grande partie des articles des sites d’informations se résume à de l’enrichissement du fil AFP. Au final, les sites des médias se sont uniformisés, leur public s’est dissout. A quelques exceptions près, les médias ont troqué leur public spécifique et différencié contre un public général d’internautes français qui va picorer indifféremment ou presque des informations ici et là. Après, on s’étonne de ne pas trouver de moyens de monétiser cette audience.

« C’était une étape nécessaire » m’avait confié récemment Alexis Delcambre, rédacteur en chef du monde.fr. Mais les sites d’information peuvent-ils vraiment revenir en arrière? Le fanatisme qui entoure actuellement la notion de « marque » pour les médias ou de « personal branding » (ça fait plus in que réputation) pour les journalistes est une réponse. L’émergence de « community managers » pour tenter de construire une communauté en est une autre. Mais le chemin risque d’être long pour créer un public : les internautes sont éparpillés, ont l’habitude de naviguer par thème plus que par « marque » et ils ne forment de communauté que sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

D’autant que ce processus va de pair avec la production de contenus originaux et à forte valeur ajoutée. Un retour aux fondamentaux du journalisme en somme. Ce serait la tendance actuelle : se démarquer de la concurrence. Il semblerait que cela soit désormais mieux référencé par Google. Mais comment trouver des sujets qui sortent de l’ordinaire et du journalisme facile sans bouger de son bureau. Le danger du journalisme de bureau ou « indoor journalism » n’a jamais été aussi grand. Certains patrons de rédaction rétorqueront que c’est une réflexion dépassée : le web serait le nouveau terrain d’investigation du journalisme 2.0. C’est surtout une façon de justifier la compression des coûts par article. Car personne ne peut penser sérieusement qu’on peut rester en contact avec la réalité uniquement via un écran.

Crédit photo : jot.punkt

» Article initialement publié sur Jeunes Journalistes Web

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