OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Apple et la presse: les liaisons dangereuses http://owni.fr/2011/02/21/apple-et-la-presse-les-liaisons-dangereuses/ http://owni.fr/2011/02/21/apple-et-la-presse-les-liaisons-dangereuses/#comments Mon, 21 Feb 2011 16:09:42 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=47842 Depuis une semaine, les publishers (comme on les appelle outre-atlantique) sont en colère. Apple a présenté ses nouvelles règles concernant les abonnements “in app” (pris via les applications iPhone et iPad) pour la presse. La firme, qui détient plus de 90% des tablettes, prendra 30% sur la vente de contenus à l’unité et sur les abonnements, tout en interdisant aux médias de renvoyer leurs lecteurs vers des abonnements hors application. En Europe, ce sera même 39% (afin de prendre en compte la TVA bruxelloise, explique Frédéric Filloux).

On pourrait arguer qu’Apple joue simplement le rôle d’un distributeur et reste moins cher que le vieux modèle de distribution de la presse papier. Sauf que dans le print, rappelle James McQuivey sur PaidContent, les marges sont beaucoup plus faibles sur l’ensemble de la chaîne de distribution. Fabriquer le support papier, le distribuer, tout ça coûte de l’argent, des camions, de l’encre… et des arbres. Ce qui n’est pas le cas sur mobile et tablette : ce qui coûte de l’argent, c’est la création et l’édition de contenus. La distribution, elle, est quasiment gratuite.

Plus difficilement acceptable, à mon sens : Apple conserve la relation client. C’est à dire que l’abonné passera un contrat avec Apple, pas l’éditeur, qui n’aura pas accès à sa base de données d’abonnés.

Apple profite donc de la faiblesse des éditeurs sur le digital, incapables aujourd’hui de soutenir durablement un modèle de production qui reste encore très cher (mais produire de l’information de qualité coûte cher, rappelle Frédéric Filloux, même si l’on pourrait encore largement améliorer les process), et de son quasi monopole sur la distribution mobile.

Difficile de reprocher à Apple de fixer ses règles. C’est son droit. Mais on est aussi en droit de s’interroger sur la fiabilité du modèle.

Certes, le monopole pourrait ne pas durer. Google a proposé la même semaine son système de paiement in-app : Google Pass Media. 10% de commission, un accès aux données clients (mais Google ne précise pas lesquelles), et la liberté de fixer son prix. Problème : Google n’est pas une alternative. Juste une autre plateforme, même si le nombre de mobiles Android devrait dépasser celui des devices Apple prochainement. Les éditeurs ont besoin d’être présents sur les deux. De plus, les chiffres montrent que les utilisateurs d’Android sont moins enclins à payer que ceux d’Apple. Question de culture…

On se demande d’ailleurs si la proposition de Google doit être considérée comme une vraie stratégie économique ou comme une simple opération de communication auprès des éditeurs, historiquement fâchés avec le moteur de recherche.

Car pour l’instant, de quoi parle-t-on vraiment ? Si tout le monde semble vouloir croire au modèle du payant sur mobile et tablettes, les chiffres ne suivent pas. L’immense majorité des utilisateurs se déclare encore hostile au fait de payer pour accéder à du contenu d’information. Et les ventes de magazines in-app ne décollent pas.

Certes, dans ce nouvel univers digital, le désert du gratuit n’est pas impossible à irriguer avec un peu de payant. Mais c’est encore extrêmement difficile. Il faudra avancer par petites touches. Aujourd’hui, pour espérer séduire avec un modèle payant, il faut : 1) soit des prix très bas, soutenus par la publicité (le modèle de The Daily sur iPad), ce qui réduit encore les marges. Il faut aussi que le contenu soit facilement téléchargeable (aujourd’hui, c’est un enfer) ! 2) Soit un modèle freemium, avec un prix plus conséquent donc, mais associé à des services plus qu’à la délivrance de contenus. Il serait payé par une minorité de lecteurs qui soutiendrait le modèle, ou viendrait en complément de la pub et d’autres services. Ce qui ne veut pas dire que le modèle est viable. Juste qu’il pourrait séduire une minorité de lecteurs. On évoque l’explosion des tablettes dans les années à venir. Mais rien ne dit que les futurs possesseurs auront le même pouvoir d’achat que les early adopters de 2010…

Pour l’heure, Apple est donc en train d’installer un barrage sur un ruisseau. Et les éditeurs hurlent parce qu’ils voient là s’effriter un modèle qui a déjà du mal à tenir ses promesses. En asséchant les marges d’éditeurs déjà étranglés au lieu de jouer sur la sienne, Apple prend le risque de tuer le modèle dans l’œuf.

Reste la solution du HTML5 : ce nouveau langage permet de créer de l’applicatif sans passer par une application. En accédant simplement à la page web du média via le navigateur du mobile ou de la tablette, on peut vivre une expérience similaire à celle proposée par les applications. C’est ce que fait déjà Google sur iPhone et iPad. Le problème, c’est que l’AppStore reste encore un formidable moyen de diffuser son média. Il est d’ailleurs assez proche du modèle de distribution du papier (livres et presse), que les éditeurs connaissent bien. Comment promouvoir sa page web sur mobile ?

On pourrait imaginer créer des applications qui seraient de simples navigateurs HTML5, afin de continuer à promouvoir son média sur l’AppStore, mais pas sûr qu’Apple accepte ce détournement.

Et si tout le monde choisit la voie du HTML5, l’encombrement suscité ouvrira une nouvelle voie royale aux agrégateurs sur mobiles et tablettes. Et redonnera sans doute de la force au modèle de l’Appstore.

La presse écrite n’est pas encore sortie de l’auberge…

>> Article publié initialement sur la Social Newsroom

>> Photos FlickR CC : Brendan Lynch, Ben Dodson

>> Retrouvez aussi l’article Les Kiosques numériques sont-ils le problème ou la solution de la presse en ligne?

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L’information « papier » est hors de prix http://owni.fr/2011/02/21/l%e2%80%99information-%c2%ab-papier-%c2%bb-est-hors-de-prix/ http://owni.fr/2011/02/21/l%e2%80%99information-%c2%ab-papier-%c2%bb-est-hors-de-prix/#comments Mon, 21 Feb 2011 09:00:39 +0000 Marc Mentré http://owni.fr/?p=42229 Rendre de nouveau l’information payante sur le web, c’est le rêve de tous les éditeurs. Mais des études récentes, et le résultat d’expérimentations comme celle du Times montrent qu’il y a loin de ce rêve à la réalité. La France, est aussi un terrain d’expérimentation dans ce domaine. L’occasion d’examiner les offres payantes existantes en France — quelles soient papier, papier et web et web seul — et leur attractivité, en adoptant le point de vue d’un simple consommateur d’information. Donc, un post en deux temps : d’abord un état des lieux et ensuite un comparatif des offres payantes existantes en France [pour des raisons pratiques, je me suis limité aux quotidiens nationaux], c’est-à-dire pratiquement tous les sites des quotidiens d’information.

L’idée de ce post m’est venue à la lecture de plusieurs informations distinctes : le constat que de plus en plus de sites français proposait des offres payantes ; les résultats d’un sondage du Pew Research, un institut de recherche américain, qui montre que 65% des internautes américains ont déjà payé pour du contenu online ; la publication des résultats du Media and Entertainment Barometer britannique qui montre que seul 2% des internautes seraient prêts à payer pour de l’information, les résultats controversés de l’instauration d’un mur payant « étanche » par le Times de Ruport Murdoch (et aussi celui de News of the World du même Murdoch) et en France la création prochaine d’un « kiosque numérique » auquel participeront les principaux quotidiens nationaux, à l’exception du Monde, et de trois news magazine (L’Express, Le Point et le Nouvel Observateur). Il faut ajouter à cela les résultats décevants de téléchargement d’applications sur l’iPad relevés en fin d’année 2010, et la longue grève des ouvriers du Livre, liée à la restructuration de SPPS, une filiale de Presstalis, qui a fait vaciller un peu plus le réseau de distribution de la presse écrite en France.

Toutes ont un rapport entre elles : l’affaiblissement de la presse papier minée en France notamment par un réseau de distribution de plus en plus mité, le fait que l’iPad (et les tablettes) qui était vue comme l’une des bouées de secours de la presse notamment magazine, l’érection de murs payants pour faire payer les contenus et faire oublier ce « péché originel » que fut l’instauration de la gratuité des sites de presse.

1. Le payant sur le web, un chemin semé d’embûches

Mais détaillons un peu :

L’enquête du Pew Research Center [pdf, en] montre effectivement que 65% des internautes américains ont déjà acheté du contenu payant sur Internet que ce soit pour avoir accès à un site payant ou à sa partie payante [Premium], télécharger ou contenu, ou encore utiliser la fonction de streaming. Ce pourcentage correspond grosso modo au nombre d’internautes de ce pays ayant accès à l’ADSL. Concernant l’information, le niveau de consommation est faible, puisque seuls 18% des internautes américains disent avoir payé. Le rapport ne distingue d’ailleurs pas entre l’information « news », « magazine » et l’accès aux sites payants. Les diplômés [college graduates] et ceux disposant d’un revenu supérieur à 75.000$ par an [56.000€], sont les plus importants consommateurs d’information payante.

Le niveau des dépenses engagées est aussi très faible : en moyenne 10$ par mois (7,5 €). Ici, le rapport ne distingue pas selon les types de contenu, mais il est à noter que près de la moitié des internautes (43%) paient de 1 à 10$, 25% de 10 à 30$ et une frange de 7% 100$ et plus.

En fait, il semblerait (mais c’est à confirmer) que la stratégie de contenus Premium soit… payante, à condition remarque Amy Gahran [en] de l’Online Journalism Review qu’elle soit « précisément ciblée —ce qui est une bonne nouvelle pour l’information de niche, les ‘special package‘ ou les services d’information spécialisés. »

La lecture du Media and Entertainment Barometer, publié sous l’égide de la société de conseil britannique KPMG, n’est guère plus revigorante. D’abord, il constate que 13% seulement des internautes britanniques ont déjà payé pour du contenu en ligne et qu’ils ne sont que 9% « à envisager de le faire dans l’avenir ». Mais surtout, il indique que seul 2% des internautes sont prêts à payer « pour un accès illimité [unrestricted access] à un site qu’ils utilisent actuellement régulièrement si un ‘mur payant’ était introduit, tandis que pratiquement 80% rechercheront du contenu gratuit ailleurs. »

Le vrai espoir viendrait des « apps. » pour mobiles et tablettes. Un quart des consommateurs britanniques en a déjà téléchargées des payantes sur leur mobile, un chiffre qui atteint 44% pour la tranche d’âge « stratégique » 18-34 ans.

Ces deux études récentes corroborent les résultats d’une autre plus ancienne (2009) de Gfk Custom Research, menée sur 16 pays européens et les États-Unis. Il en ressortait que seulement 13% des internautes acceptaient de payer pour des contenus. Les Français estimant, pour 89% d’entre eux que « les contenus et les informations devaient être gratuits sur Internet ».

Le mur payant « étanche » n’est pas la solution miracle…

Il paraît donc nécessaire de distinguer sites et applications pour mobiles et tablettes.

Concernant les sites, le « mur payant étanche » ne semble pas être une solution miracle, tant il suscite de réticences et s’adresse à un bassin d’internautes réduit. Plusieurs sites viennent d’ailleurs de l’abandonner comme l’américain  Editor & Publisher [en] : « Le seul nom de ‘mur payant’ a une connotation péjorative, reconnaissait son PDG Duncan McIntosh le 210 décembre 2010 (…) nous l’avons retiré pour attirer plus de trafic et faire en sorte qu’une plus grande part de notre contenu soit disponible pour nos visiteurs. »

C’est le cas aussi d’un site généraliste d’information locale, émanation d’un journal paraissant deux fois par semaine en Californie, le Sonoma Index-Tribune [en] qui après 3 mois d’expérimentation a cessé de demander à ses visiteurs de payer 5$ par mois en raison de l’apparition d’un site d’information gratuit —Patch d’AOL— sur le secteur [en]. Ce renoncement illustre le fait qu’un site payant n’est pas concurrentiel face à un site qui propose le même type de contenu gratuitement.

À une toute échelle, qu’advient-il des sites britanniques du Times et de News of the World rendus payant par Rupert Murdoch ? Pour le second, le retour d’expérience est encore faible [il n'est payant que depuis le 14 octobre 2010], mais ce que l’on peut constater, selon ComScore [en] est que l’on est passé d’un chiffre d’1,5 million de visiteurs uniques en septembre 2010 à 634.000 en novembre, et que le « temps passé sur le site et par page vue est une forte décroissance, signifiant que les visiteurs ne font que s’arrêter sur la page d’accueil payante pour ensuite chercher ailleurs pour du contenu gratuit. »

Même cause, même effet pour le site du Times de Londres. Selon une étude [en] d’Experian Hitwise, commandité par le Guardian, le site aurait 54.000 souscripteurs (en novembre) auquel il faut ajouter 100.000 abonnés au « papier » qui aurait activé leur abonnement couplé « papier+web ». Tout aussi significatif, le fait que les trois quart de ces souscripteurs (41.000 sur 54.000) seraient basés en Grande-Bretagne. Une formidable régression, car les sites d’information britannique, du type Guardian, Daily Mail ou Daily Telegraph, ont grosso modo, un public divisé en trois parties sensiblement égales: un tiers britannique, un tiers américain et un autre tiers « reste du monde ». Bref, la question se pose réellement de savoir si ce modèle de mur payant étanche est viable sur le long terme.

[Lire la critique au vitriol [en] que fait de ce modèle Clay Shirky, ou celle d’Eric Hippeau, le patron du Huffington Post, un site qui a trouvé son modèle économique, en restant gratuit, puisqu’il est à l’équilibre cette année tout comme l’est celui de The Atlantic [en] qui est aussi resté gratuit — attention, il faut être inscrit pour accéder au site du NYT].

À l’évidence, passer au payant, signifie trouver des systèmes plus fins —pour les sites d’informations générales—. C’est ce sur quoi travaille le New York Times, qui compte s’appuyer sur le « cœur » de son lectorat, c’est-à-dire les 15% de visiteurs qui consulte chaque mois plus de 20 pages du site [lire l'article [en] de PaidContent sur ce sujet], mais n’entend pas pour entend construire un mur « étanche ».

… ni l’iPad

Reste donc les applications téléchargées sur mobile et sur les tablettes (pour l’instant essentiellement sur l’iPad). Il ne faut pas trop se bercer d’illusions comme le remarque Esther Vargas, de Perù.21, dans Reflexiones sobre Periodismo, un petit ouvrage collectif publié sous l’égide la FNPI [es] (Fondación Nuevo Periodico Iberoamericano) :

L’iPad ne fournira pas assez d’essence pour réinventer le journalisme tel qu’il doit et devrait être.

En dépit d’avertissement de prudence de ce type, tous les grands éditeurs se sont engouffrés sur ce support, car avec l’iPad, ce serait le retour du payant. Cela correspond aussi à un changement de mode de consommation de l’information qui se fait « en mobilité » et non plus sur un ordinateur fixe. Sans surprise, Rupert Murdoch est en pointe. Son groupe News Corp. va lancer en ce début d’année 2011 le Daily [en], un quotidien spécialement conçu pour les tablettes. Il est suivi par Richard Branson, qui prépare Project [en], un magazine destiné à l’iPad et aux tablettes.

La mobilité un coin de ciel rose? Sans doute, mais le retour au réel est brutal. Les statistiques de novembre du nombre d’apps de magazine vendues sur iPad aux États-Unis ont sonné comme un rappel à l’ordre. Wired est le cas le plus spectaculaire. Le journal consacré à la high tech américain avait vendu près de 100.00 apps en juin 2010 lors de son lancement pour ne plus en vendre qu’un peu plus de 20.000 en novembre. Faible, lorsque l’on sait qu’il s’agit pratiquement d’un achat « au numéro »

Bref, l’effet de nouveauté ne dure pas et ensuite, comme le remarque Mashable [en] les ventes d’apps suivent la même courbe que celle des ventes en kiosque. Surtout, il semble que les utilisateurs soient déçus. Susan Currie Sivek de Mediashift [en] remarque :

Aujourd’hui, les apps de magazine ont tendance à être ternes, à être des répliques maladroites des pages des magazines imprimés et ne laissent pas les lecteurs partager le contenu via les réseaux sociaux, voire par e-mail [cette impossibilité de partager est sévèrement critiquée sur son blog [en] par Bradford Cross]

Le kiosque numérique, une solution à la française ?

C’est dans ce contexte que des éditeurs français, réunit dans un GIE, baptisé e-Presse Premium, veulent lancer un kiosque numérique. Il y a du village gaulois d’Asterix dans ce projet. Les éditeurs de quotidiens —L’Équipe et Le Parisien, Le Figaro, Les Échos— et de news magazines —L’Express, Le Point et le Nouvel Observateur— ont décidé de s’unir pour, dixit Le Figaro, « renverser le rapport de force créé par Google, Apple et Facebook ».

Le projet repose sur deux idées fortes :

  1. sortir du rapport de force financier imposé, par exemple, par Apple qui prélève 30% du prix final du contenu vendu et revenir à des marges de distribution inférieur à 20% ;
  2. permettre à chaque éditeur de rester pouvoir continuer à fixer le prix de ses propres abonnements ainsi que le prix de ses contenus (articles) vendus à la pièce.

Nul doute, que les résultats de ce GIE, qui est piloté par Frédéric Filloux seront scrutés à la loupe car ce projet pour séduisant qu’il paraisse sur le papier semble, malgré tout, comme l’écrit Guillaume Champeau dans Numerama

apporter une mauvaise réponse à un problème qui est mal posé. La question est d’abord moins de savoir comment faciliter le paiement des différents journaux que de savoir si les journaux dans leur forme actuelle peuvent encore donner l’envie d’être achetés.

Car l’information à un prix. Soit gratuite et dans ce cas, c’est la publicité, et/ou l’impôt via la redevance qui paie la fabrication du contenu, soit payante et dans le cas le consommateur paie tout ou partie du contenu [lire "Personne ne pense un seul instant qu'il devrait payer pour son journal"].

2. Le journal vendu en kiosque n’est plus concurrentiel

Avec en tête donc, le fait qu’un faible pourcentage d’internautes étant prêt à payer pour obtenir de l’information sur le web, je me suis livré à une étude comparative sur les différentes offres disponibles sur le marché français, concernant les quotidiens nationaux français. J’ai regroupé ces offres [je n'ai pas inclus dans cette étude les quotidiens dont le site est gratuit, c'est-à-dire L'Équipe, L'Humanité et France Soir] proposées par les différents quotidiens nationaux dans un GoogleDocs [ce doc est amendable et peut être complété].

Je m’en suis tenu à la seule approche par les prix sans m’interroger sur la qualité de l’information produite par tel ou tel titre ou marque. Il est donc possible d’obtenir un information (ou un article) selon 5 formules différentes :

  1. l’achat du journal papier au numéro (en kiosque),
  2. l’abonnement papier (qui peut-être délivré soit par La Poste soit par portage),
  3. l’abonnement mixte papier + web, qui inclut selon les formules le seul accès au site, ou l’accès au site —à sa partie payante— et aux applications smartphone et tablette. Etrangement, la presse quotidienne française semble avoir un très fort tropisme pour les produits Apple, iPhone et iPad.
  4. l’abonnement web, qui inclut souvent les applications smartphone et tablette.
  5. les applications smartphone et tablette.

À ce petit jeu comparatif, il existe un grand perdant : la vente en kiosque. Comparée à toutes les autres formules, et quel que soit le quotidien, l’information papier vendue en kiosque est hors de prix, ou en tout cas n’est plus concurrentiel. Acheter un quotidien coûte (sur 5 jours) de 10 euros (France Soir) à 30 euros (Le Monde, Les Échos) mensuellement. Ce coût mensuel est encore plus élevé si l’on achète son journal sur 6 (Libération, Le Monde, Le Figaro) voire 7 jours (Le Parisien, L’Équipe) car, dans ce cas s’ajoute le prix de suppléments « obligatoires » comme les mensuels Next pour Libération, Enjeux pour Les Échos, ou hebdomadaires comme Le Monde Magazine, L’Équipe Magazine, Le Figaro Magazine et Madame pour (dans ce dernier cas existe toujours la possibilité d’acheter L’Aurore, qui est Le Figaro du samedi vendu sans ses magazines).

Si l’on calcule le coût annuel de l’achat en kiosque d’un quotidien, l’addiction à l’information coûte de 336 euros pour Le Parisien, à 484 euros pour Le Monde, quasiment le prix d’un iPad !

D’un strict point de vue de consommateur, le jeu en vaut-il la chandelle ? Qu’apporte réellement de plus le journal papier ?  Il est — pour des raisons inhérentes à son processus de fabrication— en retard sur l’information produite sur le web, par les radios et les chaînes télévisées d’information en continu. Il faudrait donc pour que l’achat en kiosque perdure, que les journaux apporte une très forte valeur ajoutée en terme d’analyse, de réflexion et de profondeur. Est-ce le cas ? Le fléchissement continu des ventes, montre que le lectorat n’en est pas vraiment convaincu. C’est sans doute l’un des principaux défis que doivent relever les éditeurs et les rédactions.

L’acheteur en kiosque n’a pas accès aux infos payantes du site

À cela s’ajoute un deuxième handicap : acheter un journal implique trouver un kiosque en particulier pour les éditions du dimanche. C’est cette difficulté qui, entre autres, à conduit Amaury a construire son propre réseau de distribution distinct de Presstalis, pour Le Parisien, afin de densifier le nombre de points d’accès.

Et puis, il y a aussi le fait que l’acheteur d’un quotidien en kiosque est pénalisé par rapport aux abonnés, puisqu’il n’a pas accès aux sites payants (ou à la partie payante des sites), alors même qu’il paie plus cher ! Pire, sur certains sites comme celui de Libération, celui qui achète le journal en kiosque se voit interdire la consultation des mêmes articles sur le site, la plupart d’entre eux étant en zone payante pendant les 24 heures de vente du quotidien. Il existe pourtant des solutions techniques très simples, comme les codes QR, qui permettraient à ces consommateurs d’avoir accès au site pendant, par exemple, une journée. Visiblement, l’imagination n’est pas vraiment au pouvoir dans les services marketing.

Côté abonnement, désormais pratiquement tous, à l’exception du Figaro et du Parisien, qui maintient un abonnement pure print, incluent l’accès au site et à sa partie payante. Certains comme La Tribune, ajoute des bonus, comme une édition numérique du quotidien le samedi, qui n’est accessible que pour les abonnés.

L’abonnement couplé, papier+web, fait-il baisser le coût de l’information ?

On pourrait penser que cette formule d’abonnement couplé aurait l’avantage d’abaisser le coût d’accès à l’information. Ce n’est pas toujours le cas: aux Échos, par exemple, si l’on adopte le Pack Premium, il en coûte 168 euros de plus sur une année que le seul achat du quotidien au numéro. Il est vrai que l’offre est particulièrement complète avec l’accès au site et à ses archives et des solutions de mobilité pour les smartphones et l’iPad. Par le jeu des réactualisation (pour l’iPad) et des alertes (smartphone), c’est une forme d’information en continu qui est ainsi proposée. Mais, question: cela vaut-il 168 euros. Il faut si l’on pratique ce genre de formule que l’information produite sur le web apporte une réelle valeur ajoutée par rapport au seul papier.

C’est le cas aussi pour Le Figaro qui fait payer légèrement plus cher son offre bundle, baptisée Global Club, par rapport au seul abonnement papier : 366 euros par an, contre 319. Une offre « cassée » (la différence est de  47 euros) en ce qui concerne le web, puisque l’abonnement « pure web » équivalent, Digital, coûte 180 euros. Elle a le mérite de la logique, on fait payer un peu plus cher l’abonné papier pour les services offerts sur le web, archives, etc., et en mobilité (smartphone et iPad compris).

Mais donc en règle générale, l’abonnement couplé est moins cher que le seul achat du journal en kiosque, c’est le cas pour Libération avec son Offre intégrale, qui comprend l’accès aux archives, au PDF du quotidien et les apps pour mobile et iPad, le tout pour 228 euros. On peut considérer que si l’on adopte cette offre, le prix du journal papier à l’unité est ramené à environ 28 centimes ! Explications: il existe l’offre Première qui est un abonnement pure web à 144 euros par an. La différence entre l’Offre intégrale à 228 euros et Première à 144 euros est donc de 84 euros. En comptant quelques 300 numéros par an, on obtient un prix par numéro papier de… 28 centimes. Une telle proposition ne peut signifier autre chose que : le papier ne vaut rien. Les partisans du papier pourront soutenir que c’est la partie web qui ne vaut pas grand chose.

Plus on paie, plus on a de services

Les abonnements pure web offrent une grande variété, et leur logique semble plus évidente : plus vous payez plus vous avez accès à un grand nombre de services. Mais, il existe de très fortes disparités de prix : le plus coûteux est l’abonnement aux Échos, 360 euros, mais il offre ce service d’information en continu dont je parlais plus haut. Ensuite, pour pour rester dans le registre strictement comparatif, on remarque que La Tribune casse les prix avec son abonnement à 120 euros, suivi par Libération à 144 euros, les autres proposant des abonnements de 180 euros.

La différenciation —outre la qualité d’information proposée par le site— peut se jouer sur les services et par exemple sur les archives, dont l’accès pour certains sites est limité —90 articles pour Le Figaro (pourtant Le Figaro parle d’accès à l’intégralité des contenus !), 25 pour Le Monde, par exemple— et pour d’autres comme Le Parisien, La Croix ou La Tribune, illimité. Un facteur qui pourrait être pris en compte au moment de choisir son abonnement à un site d’information.

Ces offres, pour certaines d’entre elles, comme celle Figaro Digital, comprennent un grand nombre de services [j'en ai compté 20] qui vont de l’abonnement à des newletters spécialisées à des services de conciergerie, et l’inscription dans la communauté du journal, grâce à des cercles de discussion, la possibilité de créer son propre réseau, etc. Pour Le Parisien ce sera des conseils juridiques, des offres promotionnelles sur d’autres produits, etc.

Le problème est que ces avantages supplémentaires ne sont guère valorisés sur les sites (Le Figaro fait un effort avec une vidéo de présentation) où ils se présentent souvent sous forme de listing sans que l’on sache précisément ce que recouvre chacun de ces services potentiels et quelle est leur réalité. Ainsi, si l’on rejoint la communauté du Figaro, ou celle de Libération, il semblerait intéressant de savoir combien de membres en font partie, par exemple, pour savoir ainsi si l’on peut bénéficier d’un effet de réseau ou si l’on se risque de se retrouver dans un désert. Bref, ces offres donnent souvent l’impression qu’il faut d’abord payer pour savoir.

Reste la question des apps. Elles sont pour la plupart gratuites pour l’iPhone, à l’exception de celle du Monde qui est payante (0,79 euros) et celle de Libération, (0,79 euros également et elle offre l’accès à 6 numéros pour 3,99 euros). Pour l’instant, le journal Les Échos est allé le plus loin dans la logique du « payant mobilité » en proposant deux offres : l’une étant un abonnement « mobile » et l’autre un abonnement au seul iPad.

Après ce rapide tour d’horizon, quelques remarques :

- le prix de l’information est lié au support, le moins coûteux étant le mobile et le plus onéreux le journal papier vendu en kiosque. De telles distorsions sont-elles soutenables à moyen et long terme ?

- l’information est beaucoup moins chère sur le web que sur le papier et ce quel que soit le titre. L’écart est grosso modo de 1 à 2. Cet écart peut se justifier par des différences de coût de production et de distribution. Cela rend encore plus intenable sur le long terme l’information papier.

- l’achat d’information « à l’article » est difficile voire impossible. En tout cas, l’offre n’est guère apparente, à l’exception des archives. Le kiosque numérique e-Presse Premium devrait résoudre ce problème. Mais la situation est pour le moins étrange : pour s’informer sur un sujet précis il est nécessaire d’acheter soit la totalité de l’information du jour (quotidien papier) soit de s’abonner pour au minimum un mois. Il y a longtemps que l’on est plus obligé en musique (merci iTunes) d’acheter un album complet si l’on ne souhaite écouter qu’un seul morceau.

- l’information brute, la hot news est désormais gratuite. Elle est considérée par la totalité des éditeurs comme une commodity, comme disent les Anglo-saxons, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de valeur, ou en tout cas une valeur très faible. Mais cela pose une question, pour les sites web : pourquoi une information bascule-t-elle du côté du payant ? Ce choix qui n’est pas réellement un choix éditorial mériterait d’être plus expliqué. Là encore sur aucun des sites, je n’ai trouvé d’explication, si ce n’est le fait qu’une « vieille information » basculait dans le payant dès lors qu’elle devenait archive. Un peu court pour un consommateur d’information.

Article initialement publié sur Media Trend

Crédits Photos Flickr : Just Luc / Franck Munari / DubyDub2009 / Yago1.com /

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Les Kiosques numériques sont-ils le problème ou la solution de la presse en ligne? http://owni.fr/2011/01/31/les-kiosque-numeriques-sont-ils-le-probleme-ou-la-solution-de-la-presse-en-ligne/ http://owni.fr/2011/01/31/les-kiosque-numeriques-sont-ils-le-probleme-ou-la-solution-de-la-presse-en-ligne/#comments Mon, 31 Jan 2011 13:00:50 +0000 Régis Confavreux et Romain Saillet http://owni.fr/?p=44421 L’annonce n’est guère une surprise : que Google projette d’être présent sur le segment de la vente des journaux est parfaitement cohérent avec sa stratégie. Quand Eric Schmidt (CEO de Google) explique tout le bien que Google peut faire à la presse, évidemment, on se pose des questions. De son coté, Apple fait aussi fureur dans les médias de presse écrite en exigeant des éditeurs une exclusivité de la commercialisation de leur application, seul le couplage d’une édition papier et d’une édition iPad serait autorisé par l’entreprise à la Pomme. …

Avec le numérique, la presse vit un premier traumatisme qui résulte de l’ouverture de nouveaux canaux de distribution, et de la monétisation problématique des contenus éditoriaux sur ces nouveaux canaux. Les métiers d’éditeur de presse restent fondamentalement inchangés : élaborer du contenu, et si possible « de qualité », « enrichi », « augmenté » : les possibilités offertes de diversification et d’enrichissement des contenus sont démultipliées.

C’est ainsi du côté marketing que les bouleversements sont les plus radicaux. La France est un exemple en la matière :  fini le bon temps des NMPP/MLP qui assuraient la vente au numéro, et celui des mailings qui bon an mal an ont permis la croissance des abonnements. Les NMPP/MLP,  à l’image des éditeurs de presse dont elles sont l’émanation,  ont le « papier » comme culture, et n’ont  pris le virage du numérique que tardivement et timidement. Presstallis (ex-NMPP) a certes créé un kiosque numérique, « madeinpresse » : mais qui le fréquente ?

Des éditeurs ont pris des initiatives en dehors du système coopératif. Lagardère a créé Relay, quelques éditeurs de la PQN mettent en place une offre numérique. Des non-éditeurs aussi créent des kiosques numériques – lekiosque.fr, en est un, et certains courtiers aussi (Viapresse par exemple). On trouve de tout, dans ces initiatives, du papier, du numérique, de la vente au numéro, de la vente à l’abonnement, de la vente d’articles, des offres mulitplateformes…

Mais la France n’est qu’une province, et Apple s’est mis en premier sur le marché mondial de la distribution des produits de presse numériques. Dans sa suite, tous les fournisseurs de smartphone et de tablettes.  Avec ces nouveaux acteurs, se pose un problème de taille – un marché mondial qui échappe aujourd’hui aux acteurs nationaux, et la force commerciale des nouveaux entrants est hors de portée pour des opérateurs purement nationaux, qu’ils soient éditeurs ou non.

Les kiosques numériques se multiplient. Quelles conséquences pour les éditeurs ?

Le risque principal est que les éditeurs laissent se recréer un environnement connu : celui des « collecteurs » et autres « courtiers », que ces derniers imposent leurs conditions commerciales et qu’ils captent tout ou partie des informations permettant de qualifier le lectorat d’un titre de presse. L’existence de ces nouveaux courtiers n’est pas un mal en soi. Elle est bénéfique si l’on parle de volume, voire de la marge, car les conditions tarifaires des boutiques en ligne (iTunes, Blackberry etc) sont plus favorables que celles de la plupart des distributeurs physiques.

Ce qui paraît plus dommageable pour la presse, c’est que les conditions commerciales soient définies par le réseau, et surtout, que le réseau rompe dans la plupart des cas le lien entre éditeurs et lecteurs. Comment mettre en place des offres spéciales ? Avoir une stratégie marketing efficace en matière de positionnement, de fidélisation de ses lecteurs? Comment développer une stratégie de vente adaptée à son produit quand le réseau isole le lecteur de l’éditeur, voire est en mesure d’adopter une stratégie commerciale contraire aux intérêts des éditeurs ?

La presse est ainsi confrontée à l’émergence d’une économie de réseau qu’elle ne maîtrise pas, ou qu’en partie, alors même que la gestion d’une telle économie est traditionnellement, en France tout au moins, un des points faibles du secteur.

Quels atouts pour les éditeurs ?

1. L’innovation éditoriale

Alors qu’un nouveau média – Internet et plus généralement les supports numériques – voyait le jour, les éditeurs n’avaient aucune visibilité sur les bouleversements d’usages qu’allait apporter une telle révolution. Ceci pendant des années. Et même aujourd’hui, aux États-Unis, seulement quelques éditeurs ne sont que récemment sortis du lot grâce à leurs expérimentations. C’est le cas de Wired, qui très vite à compris les nouveaux usages de consommation qu’apportaient les tablette tactiles.

“L’arrivée de la tablette offre un grand champ d’expérimentation pour le futur des médias. Dans les prochains mois, nous intégrerons un média social, et nous offrirons une variété de versions et de modalités d’abonnement numérique. Nous apprendrons à travers l’expérimentation, et nous allons observer dans le détail ce que nos lecteurs nous apprendrons sur comment il veulent utiliser leur tablette.”

Chris Anderson Rédacteur en chef de Wired, 26 Mai 2010

Lors de la sortie de l’iPad, Chris Anderson avait en effet toutes les bonnes raisons de croire que l’avenir se trouvait sur les tablettes. Au cours de la première année de commercialisation, le marché des tablettes a véritablement stoppé net la progression des netbook. Avec près de 15 millions d’iPad vendus, Apple a réussi à conquérir un marché qui n’existait pas il y a encore un an. Apple a réussi à positionner sa tablette comme un outil de consultation de média, ce qui a déclenché l’engouement de bon nombre d’éditeurs.

Le premier exemplaire du journal Wired s’est vendu à plus de 100.000 exemplaires – soit 25.000 de plus que la version papier. Créant ainsi un buzz incroyable sur internet. Pourtant dès le second numéro, les espoirs s’évanouissent avec des ventes divisées par 3, pour atteindre péniblement les 33.000 ventes. La chute des ventes ne s’arrêtera pas là, puisque le troisième numéro se vendra à 28.000 exemplaires, malgré une baisse du prix.

Que s’est-il passé durant ces quelques mois pour la demande retombe aussi vite ?

Michael Philippe, co-fondateur de “Lekiosque.fr” propose une réponse. Selon lui, 67% des lecteurs souhaitent retrouver sur leur tablette leur journal papier. Adieu l’innovation et l’enrichissement de l’information : les usages ne sont pas encore installés. Surtout que du coté des éditeurs, le développement d’un journal enrichi tel que Wired ou Paris Match coûte extrêmement cher, et ne peut être créé pour tous les titres de presse.

La problématique qui se cache derrière cette incroyable déception, est celle de la fidélisation des lecteurs. En l’absence de contenu innovant, et d’évolution dans la gestion du lien entre le titre de presse et les lecteurs, les pratiques semblent aujourd’hui se cantonner à des usages “classiques” ou tout au moins déjà connus. D’où un effet déceptif : les attentes aujourd’hui portent sur l’innovation éditoriale. Seuls 9 % des utilisateurs d’iPad  disent ne pas être intéressés par la lecture de leur magazine sur la tablette. Les fonctionnalités plébiscitées pour la lecture interactive sont la vidéo (75 %), de nouveaux contenus (73 %) et des galeries de photos (71 %) (Source : Etude d’Um et de Time Inc., citée par les Clés de la Presse, n°21 janvier 2011).

La tablette numérique n’est pas le remède miracle aux maux de la presse, de même que le numérique, tablettes ou autres, n’est pas la cause de tous ces maux. Ce ne sont pas les “contenants” qui sont en cause, mais les “contenus”. La cannibalisation du papier par le numérique apparaît de plus en plus clairement comme un mythe, qui masque l’incapacité à gérer diversement les contenus en fonction des supports à la disposition des éditeurs. En l’absence d’innovation éditoriale, on offre partout le même produit, parfois payant, parfois gratuit, en ignorant les diversités d’usage et d’attente tout en initiant un cycle de destruction de valeur.

Le challenge éditorial des éditeurs se dessine peu à peu : des contenus adaptés aux contenants, donc de l’enrichissement, et une réactivité éditoriale accrue en raison de modes de consommation eux-mêmes beaucoup plus versatiles que dans le passé. En ce sens, le confort de l’abonnement (et plus encore celui de l’abonnement par prélèvement bancaire) va rapidement se transformer en souvenir, tandis que les incertitudes et fluctuations de la vente au numéro sont appelées à rythmer la vie de l’éditeur…comme il y a 50 ans.

2. L’innovation publicitaire

Cette même étude nous apprend que :

“Les annonces sur la tablette d’Apple retiennent l’attention à 86 % et sont même appréciées pour leurs fonctions interactives pour 82 % des répondants”

Source : Les Clés de la presse du 21 janvier 2011

Ce n’est bien sûr pas le réseau, mais l’éditeur qui est à même d’inventer de nouveaux formats publicitaires, plus événementiels, plus informatifs, plus  interactifs, sur la marque annonceuse. Passer de la vente au poids à une approche qualitative en matière publicitaire, à condition bien sûr d’être en mesure de connaître ses lecteurs et de pouvoir les qualifier.

3. L’innovation commerciale

En matière de marketing, tout est à inventer. Lekiosque.fr souhaite par exemple développer une nouvelle offre, permettant la consultation de 5 magazines par mois pour moins de 5 euros. Cette offre commerciale s’adapte à notre nouvelle consommation de l’information. Nous ne sommes plus fidèle à un seul journal, ni magazine. Nous nous laissons guider par une première de couverture, un dessin, une info, une exclu, puis dans second temps, par le nom du journal. Cette offre permettra ainsi d’apporter un souffle d’air frais sur les offres d’abonnement aujourd’hui en place.

Cette prise de position a pour elle le mérite de la rationalité économique. Elle répond à une problématique de réseau de distribution, de son animation, de ses performances. Elle ne se substitue pas à la politique commerciale de l’éditeur. Encore qu’on ne sache pas quel type de remontée qualitative vers l’éditeur va être acceptée par ce nouveau kiosque numérique. Nul doute que la qualité de ces remontées constituera un avantage concurrentiel déterminant pour le réseau qui jouera pour, et non contre, les éditeurs.

Dans ce jeu commercial, les éditeurs ont donc des atouts fondamentaux : eux seuls ont la maîtrise de l’innovation éditoriale et publicitaire; eux seuls ont la maîtrise d’une politique marketing sophistiquée de couplage et d’offre éditoriale composites ( les produits de base et des produits dérivés); eux seuls ont la maîtrise leur marque hors réseaux de distribution, via les réseaux sociaux (à titre d’exemple : la part des lecteurs qui “fréquentent” une marque non par accès direct au site mais par recommandations d’article via Facebook, twitter etc… est grandissante : près de 50% pour des sites comme OWNI ou Rue 89)

Tous ces atouts sont mis en danger en l’absence d’un maîtrise des réseaux de distribution : c’est ce qui prend forme si la logique Apple s’impose.

Le nœud gordien : comment gérer les réseaux de distribution ?

Pour les éditeurs, cette interface commerciale peut vite devenir un réel handicap pour le développement de leur stratégie commerciale. Les Google et autres Apple font peur aux éditeurs, car économiquement, aucun éditeur ne peut rivaliser avec la taille de ces poids lourds. Le choix cornélien est alors de faire le choix le moins pire : accepter les conditions commerciales imposées (sur sa boutique d’applications, Apple ponctionne 30% du prix final, lequel n’est même pas libre), et ne plus avoir de contacts avec ses lecteurs, ou alors ne pas y apparaître, mais ne pas profiter de cette formidable vitrine.

En quelques mois, Apple s’est imposé comme une alternative obligée à la diffusion des titres de presse. Aujourd’hui, Apple, Google et autres opérateurs de smartphone prennent les moyens de  s’imposer sur la commercialisation du produit de presse. Pourtant, les relations commerciales de proximité avec son réseau sont une des bases fondamentales du bon fonctionnement d’un média, réactif qui évolue en fonction de son auditoire.

Apple commet une erreur stratégique en imposant aux éditeurs de renoncer à leur propre système de commercialisation de leurs versions tablette ou smartphone pour que leur présence dans Applestore soit maintenue. En effet, de deux choses l’une :

  • soit  Apple est en position dominante sur ce marché de la distribution de la presse. Il serait étonnant qu’une autorité de la concurrence ne sanctionne pas un tel comportement constitutif d’abus de position dominante.
  • soit Apple n’est pas en position dominante, et d’autres offres lui sont substituables. Alors Apple perdra des clients, et favorisera l’achalandage de ses concurrents.

Nous penchons pour la deuxième solution. Des I-stores se développent et vont se développer encore en concurrence frontale avec Apple (merci Google, merci Blackberry et autres vendeurs de smartphones ;) , établissant ainsi, du point de vue du droit de la concurrence, des offres de substitution pour le consommateur. L’initiative, en France, de la PQN de saisir la DGCCRF est fondamentale. Nous aurons enfin une analyse des marchés par les autorités françaises de la concurrence, et une mise sous surveillance de ce marché. Car d’autres risques existent : que les principaux acteurs coordonnent leurs actions, créant ainsi des oligopoles défavorables à l’intérêt du consommateur final, par exemple.

Les kiosques numériques sont en plein essor et promettent un réel développement des usages de lectures des journaux et magazines papiers. Ces kiosques sont un maillon d’un réseau émergeant et complexe de distribution de la presse, constitué de kiosques d’éditeurs, de kiosques de non éditeurs,  et bientôt de points de vente sur les réseaux sociaux, tandis que tout indique que la vente en kiosque va reprendre une part prédominante dans la diffusion des titres de presse par rapport à l’abonnement.

Plutôt que d’engager l’avenir de la distribution de la presse dans des conditions dictées par le réseau “non-éditeurs” il est crucial que les éditeurs maîtrisent l’organisation et le fonctionnement de ce réseau dans ses différentes composantes. Pour cela, ils disposent d’atouts, dans le domaine éditorial, dans celui de la publicité, et dans l’évolution de leurs méthodes de marketing et de promotion de leur marque. Et ils bénéficient d’une protection : le droit de la concurrence. Mais ils souffrent d’handicaps certains : l’inaptitude à l’innovation dans un environnement en forte évolution, et  l’absence de solidarité professionnelle.

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Crédit Photo Flickr CC : ஃ முதல் அ வரை / BenMarvin / angelicchiatrullall (yeppa!) / JmGall54 / K-Ideas

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Jérôme Ruskin: “le monde des idées peut être utile à tous” http://owni.fr/2010/09/10/jerome-ruskin-le-monde-des-idees-peut-etre-utile-a-tous/ http://owni.fr/2010/09/10/jerome-ruskin-le-monde-des-idees-peut-etre-utile-a-tous/#comments Fri, 10 Sep 2010 19:35:57 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=27862 L’équipage de la soucoupe apprécie beaucoup l’initiative de Jérôme Ruskin et de son équipe. Au point de se rencontrer, de créer ensemble des applications autour de l’idée d’uchronie, et de vouloir en savoir plus sur leur aventure. A l’occasion de la sortie du numéro deux, entretien avec le fondateur d’Usbek & Rica.

OWNI: Quelle est la genèse d’Usbek & Rica?

Jérôme Ruskin: J’ai fait l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), sorte de grand kibboutz intellectuel, où il y a 1 000 intellos qui nous entourent. Ils nous transmettent leur savoir, une passion. Et le savoir qu’ils transmettent est super intéressant et utile. Sauf que c’est un savoir qui est très nombriliste, puisque réservé à ceux qui sont dans ces cours, ou à ceux qui ont accès aux revues comme Esprit. Tout le monde peut y avoir accès, mais il faut le capital culturel pour comprendre.

L’idée était de rendre le contenu de ces cours accessibles. C’est l’idée de base: travailler sur cette démocratisation, cette diffusion, et permettre au plus grand nombre d’accéder au monde des idées.

On part de l’intime conviction que le monde des idées peut être utile à tous pour réfléchir sur soi, sur les autres et sur le monde.

Tout à commencé à l’EHESS?

C’est à l’EHESS que j’ai commencé à travailler à une ligne éditoriale: l’ambition était d’être généraliste, de mélanger des jeunes talents et des experts. Comme j’étais très naïf en ce qui concerne la création d’entreprise et qu’en tant que sociologue je ne pouvais absolument pas obtenir de prêt bancaire auprès de mon banquier, j’ai été faire un petit master en entrepreneuriat à l’EM Lyon, et c’est là que j’ai travaillé l’aspect “business model” de la chose.

En parlant de business model, pourquoi avoir choisi ce format et ce modèle de distribution?

Au début j’étais parti sur un scénario de gratuit: quoi de mieux pour démocratiser? Mais il n’y a pas de modèle, surtout qu’on était en temps de crise, et qu’il est de fait très difficile de financer des choses par la pub dans ces moments là. On s’est dit qu’il fallait aller en kiosques, mais on a vite compris que quand on est tout petit c’est compliqué.

On a commencé à travailler en se disant que notre métier était de démocratiser Esprit et la Revue des deux Mondes. Et où sont ces deux revues? En librairie. Donc on s’est intéressé au modèle du livre, XXI est sorti et on s’est dit: “Voilà, c’est possible”.

Ce qui nous a orienté vers ce choix c’est aussi la qualité de la distribution, parce que la gestion des invendus et celle des stocks permettent à terme de faire d’arriver à 10% d’invendus, ce qui est exceptionnel! Un magazine qui fait 10% d’invendus c’est une révolution pour le monde de la presse. Tout ça parce qu’il y a un truc tout con qui s’appelle le code-barre que les libraires utilisent. Cela me permet de savoir exactement où Usbek & Rica se vend. Le livre ne bénéficie pas assez du code-barre, pour un périodique, on peut affiner à terme: c’est ça qui est génial.

La bataille se fait dans le contenu, et pas sur le prix.

En kiosque, la bataille se fait sur le prix: un magazine à un euro et un magazine à deux euros ne se vendent pas de la même manière. En librairie un magazine à 10 euros et un magazine à 15 euros ont des ventes équivalentes à contenu égal, donc c’est vraiment la qualité qui prime.

XXI a servi de modèle?

On est arrivé à cela en tâtonnant. On a creusé ce modèle et au fur et à mesure on a rencontré les bons acteurs pour nous accompagner dans cette aventure. La sortie de XXI a confirmé notre intuition.

C’est à travers le réseau de l’école que j’ai rencontré d’autres acteurs: des gens de chez Hachette, de chez Gallimard. On s’est rendu compte que le modèle du livre était intéressant pour nous. Pour plusieurs raisons: la première est qu’il n’y a qu’un seul pari qui est fait, celui de la qualité.

L’objet en lui-même est  important ?

Dans la matérialité de l’objet on peut aller vers quelque chose de plus intéressant, ce qui est nécessaire voir obligé pour compléter Internet. On oppose pas les deux, c’est pas l’un ou l’autre c’est l’un et l’autre. Mais le papier doit trouvé une nouvelle dimension, et la dimension design/objet est importante, ce qui est permis avec le monde du livre, pas dans celui du kiosque.

On remarque aussi l’importance de la maquette et du design…

On est vraiment sur une dimension objectale importante. En ce moment, on voit l’arrivée des tablettes et liseuses dans le monde du livre, qui posent beaucoup de questions au monde du livre. La dimension design est une dimension très importante à cette égard. Il faut créer de l’objet pour répondre à ces défis, et jouer sur le côté collection et fétichisme de la chose.

Il y a une résistance de l’objet.

La question que je me pose c’est si on est dans un retour ou dans une résistance de l’objet. Moi j’aime à penser qu’il y a une résistance de l’objet. On rencontre souvent des gens qui évoluent dans le monde d’internet et qui sont un peu hallucinés par tous ces formats de mooks [contraction de magazine et de book] parce que c’est souvent des fans de design, en admiration face à un bel objet. C’est vrai que quand je vais à l’imprimerie et que je rencontre des ouvriers qui sont des passionnés, des experts en couleurs, je suis fasciné. Assister à cette chaîne de production c’est énorme.

Q: Usbek & Rica privilégie les contenus au format long, c’est une idée fixe?

On est parti d’une vraie réflexion par rapport à Internet, et tout ce qui tourne autour de la société de la vitesse etc… Aujourd’hui, est-ce que ça a du sens de faire un quotidien papier? C’est une vraie question. Les sites Internet remplisse très bien cette fonction d’information pure. Nous, l’information, on la traite et on la prend pour faire de la formation. On est sur de l’analyse, en essayant de traiter l’information pour faire apprendre des choses aux personnes qui nous lisent. Il y a aussi le fait que cela nous permet d’être plus politique, en insistant sur le côté engagé et engageant de la revue.

Q: Comment s’organise la rédaction pour préparer un numéro?

On est quatre à temps-plein, dix en équipe resserrée, et sur un numéro on fait intervenir une soixantaine de personnes. Notre modèle de création s’articule autour d’un rédacteur en chef et de son adjoint. C’est avec eux qu’on pense les sujets, qu’on essaye de voir ce qu’il est pertinent de traiter pour nous. Surtout que l’on dispose seulement de 12 numéros: ça nous pousse à aller à l’essentiel.

L’idée c’est d’aller chercher des jeunes talents, des jeunes plumes, reconnues ou non, qui veut aller challenger des experts sur des sujets que l’on juge importants. Et c’est en ça qu’on démocratise: on va chercher la substance d’un expert qui travaille depuis des années sur un sujet, qui a pas forcément le temps d’écrire et qui sait pas forcément écrire en démocratisant, et lui dire: “viens nous raconter, vois les questions que nous on se pose, éclaire nous”. Après on reçoit, on se réapproprie et on critique: et on essaye de coucher ça de manière habile sur papier.

Q: Comment définissez-vous vos sujets? Vous avez de l’avance?

On a généralement un numéro d’avance, mais on se laisse tout le temps une marge de manœuvre par rapport à l’actualité. Bien qu’on ne traite pas d’actualité pure, on s’appuie sur elle pour penser nos sujets. La démarche peut se résumer à: prise de hauteur, retour sur des événements: contrepied et contretemps. C’est comme la bédé: on a nos 12 numéros, on sait exactement où va l’histoire: on a donc le fil. Mais les perles qu’on enfile sont liées à l’actualité. Par exemple, dans le numéro 2, on va voir Ribéry, Obama, Benoît XVI… Le canevas est assez précis mais les angles, les accroches, les approches sont liés à l’actu.

Q: Contrairement à XXI, vous n’êtes pas sur du reportage.

C’est intrinsèque à la nature même du projet. Quand je dis que mon boulot c’est de démocratiser Esprit, mon boulot c’est de produire de l’analyse, pas du reportage. A Usbek & Rica on se définit pas comme des journalistes. On n’est pas journalistes: Thierry [Keller, rédacteur en chef] et moi-même n’avons pas une formation de journaliste. Lui il vient du militantisme, de la politique et de la fiction. Notre pari est d’être sur le monde des idées, pas sur celui des faits et de l’actualité. On prend appui dessus mais on essaye d’aller au-delà. Mais le travail journalistique est un travail nécessaire, on ne remet pas ça en cause.

Q: Pourquoi vous vous attachés tant au futur?

La raison première c’est d’être systématiquement dans la proposition, pour être une revue utile et engagée et engageante. Mais faire des propositions sur tout à 26 ans, c’est compliqué. Donc au lieu de faire des propositions fermées on s’est dit : “ouvrons un petit peu le champ et travaillons sur des hypothèses”. Et posons les bonnes questions, ce sera déjà un gros pas en avant. C’est pour ça qu’on traite de la question de l’utérus artificiel et de celle de l’immortalité dans le numéro 1 et que dans le 2 on se penche sur des avancées de la robotique et sur leur influence sur notre société.

On a aussi pensé des formats pour penser le futur: signal faible, scénario etc… On essaye d’accentuer cette dimension pour travailler pour demain. Par rapport à XXI, on peut se dire qu’on est un peu plus engagé. L’utopie sur la fermeture des prisons est symptomatique de cela: on marque clairement qu’on a des choses à dire et qu’on a envie de s’engager sur les grandes questions de société.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Q: Vous commencez à avoir une idée de ceux qui constituent le lectorat d’Usbek & Rica?

Sur un numéro, c’est un peu difficile. On commence à avoir des premières pistes: on touche plus les 25-40 ans, et notre lectorat est bien réparti entre villes et campagnes. Ce sont les seuls indicateurs que l’on a pour le moment.

Q: En terme financier, vous avez de la visibilité?

On est capables de faire 4 numéros sur quasi fonds propres et après faut que ça marche. A fin août, on est à 15 000 exemplaires vendus du 1er numéro, avec un point mort à 20 000. On est donc à 75% du chemin, avec le mois de juin qui était un mauvais mois pour le monde de librairie.

Il y a une dizaine d’investisseurs, qui sont des sortes de parrains. Ils m’ont prêté de l’argent, 200 000 euros en fonds propres, et la banque a complété avec 300 000 euros sous forme de prêt sur lequel j’ai une caution personnelle. Si tout va mal je perds 50 000 euros: c’est une grosse somme, surtout quand on a rien, mais c’est le risque et ça vaut le coup.

Q: Ça vaut le coup parce que tu es passionné…

C’est viscéral: à un moment donné c’était quasi maladif, c’est une obsession! Tu ne sais parler que de ça, tu ne parles que de ça, tu ne penses qu’à ça, et tes meilleurs amis en arrivent à te dire: “Hey mon gars! Arrête! Il y a un match de foot!” Et ils ont raison parce qu’au final qu’est ce qu’on fait? On ne fait qu’un journal, ou une revue… Je n’ai pas inventé le vaccin contre le Sida.

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Mon kiosquier vend des briquets à Château-Rouge http://owni.fr/2009/12/16/mon-kiosquier-vend-des-briquets-a-chateau-rouge/ http://owni.fr/2009/12/16/mon-kiosquier-vend-des-briquets-a-chateau-rouge/#comments Wed, 16 Dec 2009 19:57:08 +0000 Tatiana Kalouguine http://owni.fr/?p=6265 C’est marrant ça : alors que je m’apprêtais à publier cette interview de Nidal, mon marchand de journaux du côté de Barbès (interview datant du mois d’octobre), voici que Philippe Couve diffuse sur l’Atelier des médias (RFI) un reportage radio sur le même principe avec deux kiosquiers, Denis et de Jacky, l’un du côté de la Chapelle et l’autre vers le très chic Saint-Germain des Prés…

(5:39)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ces trois témoignages empreints de tristesse illustrent bien la lente agonie de la presse écrite payante, confrontée aux supports numériques mais aussi aux journaux gratuits. Dans le cas de Nidal, les jeunes distribuant Direct Matin ou Metro se postent juste derrière son kiosque, à la sortie du métro, pile au moment des départs au travail, et choppent les passagers au moment où ils s’engouffrent dans l’escalier.

Enfin, recueilli grâce à Twitter, voici un post de Nicolas, qui a lui aussi interrogé son marchand de journaux à Besançon et qui livre ses inquiétudes dans un billet, cette fois en version écrite sur le Blog de la Boucle (plate-forme de 20 Minutes).

Le tout faisant un petit dossier multimédia permettant de mesurer les efforts qu’il faut aujourd’hui déployer pour vivre de la vente des journaux.

» Article initialement publié sur La voix du Dodo

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