
drapeau belge
La Belgique et le Kurdistan n’ont, a priori, pas beaucoup de points communs. La première est un Etat fédéral composée de trois communautés et de trois régions, le deuxième une entité virtuelle divisée entre quatre pays mais désireuse d’être reconnue en tant qu’état bien réel. Bien qu’ils ne disposent pas d’un Etat-nation, les Kurdes ont développé une réelle identité commune alors que les Belges sont en train de se déchirer entre Flamands et Wallons. A l’heure où l’identité nationale pose question en France, aux Pays-Bas et dans beaucoup d’autres pays, de nombreux facteurs, comme la langue, la religion ou tout simplement l’Histoire, peuvent expliquer la formation d’une identité commune. Les Flamands sont comme les Kurdes, fiers de leur identité. Ce sentiment d’appartenance à un « destin commun » est peut-être dû au passé et à la non reconnaissance de leurs identités.
A première vue, le Kurdistan et la Belgique n’ont pas grand chose en commun. D’une part, le Kurdistan. Territoire situé à cheval sur l’Irak, la Syrie, la Turquie et l’Iran, environ 30 millions d’habitants, majoritairement musulmans, qui parlent le Kurde. D’autre part, la Belgique. Divisée en trois communautés, dix millions d’habitants, à majorité catholique, avec trois langues officiels: le français, le flamand et l’allemand. Le premier est un Etat virtuel, le second un Etat fédéral bien réel. Les Kurdes réclament un territoire depuis des siècles, les Belges ont séparé le leur depuis déjà 40 ans. Nous avons donc d’un côté un Etat mais plusieurs identités et cultures, la Belgique, et d’un autre côté, plusieurs Etats mais une identité commune, le Kurdistan.
Mais alors qu’est-ce qu’être Kurde? Pourquoi se sentent-ils Kurde? Question très vaste. Ni Arabes, ni Turcs, ils se disent

drapeau kurde
descendants des Mèdes qui se seraient installés au 9è. siècle avant Jésus-Christ dans cette région d’Asie occidentale. Ils sont Sunnites à 80% mais ils comptent aussi des chiites, des Alévis et des Yézidis. Il existe aussi des minorités chrétienne et juive. Même s’ils ne vivent pas dans le même pays, qu’ils ne subissent pas les mêmes traitements, les Kurdes ont une réelle identité commune. Contrairement aux Belges…
Pourtant, les Belges ont tout ce que désirent les Kurdes: un pays avec des frontières définies et reconnues, avec un Etat et des gouvernements. Indépendante depuis 1830, la Belgique unitaire, après six réformes, est devenu un Etat fédéral composé de trois communautés et de trois régions ayant chacun son gouvernement.
Quand les Kurdes se battent pour obtenir la formation d’un Etat, les Belges, quant à eux, sont aux bords de la séparation. La NV-A, parti nationaliste flamand, et son leader, Bart de Wever, exigent une réforme de l’Etat afin que les régions obtiennent de nouvelles compétences. Ils veulent, au minimum, une Belgique confédérale et au mieux une Flandre indépendante.
Une question se pose alors: Pourquoi les Belges, n’ont pas une identité nationale commune alors que les Kurdes, divisés dans quatre pays, en ont une? Est-ce la langue, la religion, la culture ou leur histoire commune qui réunissent les peuples?
Les exemples de séparation et d’alliance entre régions ne manquent pas dans l’histoire. Les langues seraient-elles un facteur d’alliance ou de séparation? Les peuples se sont souvent rassemblés en fonction de leur langue. Mais, a contrario, des peuples parlant des langues différentes se sont des fois rassemblés en un Etat. Dans de nombreux pays, plusieurs idiomes sont parlées. C’est le cas, par exemple, de la Suisse, de l’Espagne et bien sûr de la Belgique. Beaucoup pense que le problème de la Belgique est dû à la différence de langue, le français, langue latine, au Sud, et le flamand, langue germanophone, au Nord. Mais alors pourquoi le modèle suisse, pays dans lequel trois langues sont parlées, fonctionne-t-il? La langue ne paraît donc pas être le facteur essentiel dans l’apparition d’une véritable identité nationale.
La religion pourrait également être la raison d’une séparation et donc de la création de plusieurs identités nationales. C’est le cas de l’Irlande, séparée en 1921 en deux parties après une terrible lutte entre protestants, loyaux au Royaume-Uni et catholiques, nationalistes. Bien que des problèmes sociaux sont venus s’y joindre, cette séparation est donc en grande partie due à la religion.
Dans le cas où la Belgique devrait être séparée, ce ne serait pas à cause d’un problème religieux. La majorité des Belges, Flamands comme Wallons, étant catholiques. Malgré ce point commun, il n’y a pas d’identité commune entre les communautés belges alors que le Kurdistan, majoritairement musulman, a une réelle identité commune. La religion ne paraît donc pas être décisive dans le sentiment d’appartenir à la même nation.
Une culture commune serait peut-être un meilleur facteur. C’est la grande différence entre le Kurdistan et la Belgique. Les Kurdes en ont une en commun alors que les Flamands et les Wallons ont leur propre culture. Mais cet argument ne vaut pas pour tous les pays. Certains peuples, comme les Italiens, les Allemands, les Suisses ou encore les Américains ont développé une culture commune. Ils en ont en quelque sorte développées deux. Celle de leur région, peuple, ou même ville, et une autre plus générale. Les Belges quant à eux n’ont pas de culture belge, mais des cultures wallonnes et flamandes.
Le facteur le plus important dans la création d’une réelle identité commune semble être l’Histoire. Les peuples qui ont été niés dans leur identité sont toujours plus conscients de leur appartenance à une véritable communauté. Tout se passe comme si un peuple avait besoin d’être poursuivi pour comprendre qu’ils ont quelque chose en commun. C’est le cas des Arméniens en Turquie, des Flamands en Belgique et des Kurdes au Moyen-Orient.
Les Flamands ont été dénigrés dès l’indépendance de la Belgique, en 1830. Le pays est, à l’époque, aux mains d’une élite francophone qui impose le Français comme seule langue officielle. Ce choix est fondé sur l’idée que l’unilinguisme cimentera les Belges. La primauté accordée au français dans l’administration, la justice, l’école, l’armée,… va immédiatement irriter la Flandre, soucieuse de faire reconnaître sa langue. A force de combattre pour la reconnaissance de leurs droits, les Flamands se sont créés une réelle identité commune.
C’est la même chose pour les Kurdes. Depuis 1639 et le premier partage du Kurdistan (littéralement « Pays des Kurdes ») entre les Empires perse et ottoman, les Kurdes n’ont plus d’Etat. Le Kurdistan a été successivement occupé par les Arabes, les Mongols, les Perses, puis par les Ottomans. Les Kurdes ont seulement commencé à revendiquer la formation d’un « grand Kurdistan » à la fin du 19è. siècle.
En 1920, après la chute de l’Empire ottoman, les puissances alliées (France, Grande-Bretagne) ont promis, dans le Traité de Sèvres, la création d’un grand Etat du Kurdistan dans l’Est de l’Anatolie. Mais celui-ci ne verra jamais le jour. En 1923, le traité de Lausanne revient sur cette promesse. Le peuple Kurde est alors placé sous l’autorité de quatre pays: la Turquie, l’Iran, la Syrie et l’Irak.

Kurdistan
Quatre-vingt-sept ans plus tard, le Kurdistan reste un territoire virtuel, sans frontières reconnues, et les Kurdes une nation sans Etat. Niés dans leur identité (comme les Flamands au début de l’Etat belge), les Kurdes du Moyen-Orient n’ont pourtant cessé de lutter pour faire reconnaître leurs droits culturels et politiques, face à des Etats centralisateurs et répressifs. Le parallèle avec la situation flamande au tout début de la Belgique en tant qu’Etat unitaire est donc évident. Mais malheureusement pour les Kurdes ils n’ont jamais réussi, contrairement aux Flamands, à s’unir pour faire accepter leur langue et leur culture. Les divisions linguistiques et religieuses les ont conduit à lutter en ordre dispersé. De plus, les sous-sols kurdes sont riches en eaux et en pétrole, ce qui complique encore plus la situation.
A l’exception de l’éphémère République Kurde de Mahamad (1946), en Iran, le rêve d’un « grand Kurdistan » s’est peu à peu émoussé. Seul le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a ranimé en Turquie la flamme d’un « grand Kurdistan libre et démocratique ». Ailleurs, les partis politiques kurdes ont tous opté pour un objectif plus modeste: l’autonomie de chaque minorité kurde dans le cadre des Etats existants. Et cette stratégie s’est révélée payante en Irak où, depuis 1991, les Kurdes gèrent de façon autonome leur région. Exemplaire pour tous les Kurdes, cette victoire repose une nouvelle fois la question d’un « grand Kurdistan ».
Malgré les divergences, de nombreux experts ont remarqué une évolution positive. Après avoir été écartelé pendant des décennies entre des organisations prônant l’autonomie (Iran, Irak) et d’autres l’indépendance (Turquie), le mouvement kurde est en train d’évoluer vers un objectif commun: le fédéralisme.
La Belgique et le Kurdistan ont donc un destin opposé tandis que les Flamands et les Kurdes partagent beaucoup de points communs. Les Kurdes se battent pour obtenir le fédéralisme alors que les Belges ne veulent plus de ce système. Pas tous les Belges bien entendu, mais il semble que la Belgique se dirige vers un système confédéral ou pire vers l’indépendance de la Flandre.
En fait, nous pourrions dire que les Wallons sont dans la situation de l’Irak, de la Syrie, de la Turquie et de l’Iran. Ils défendent tous les cinq l’intégrité de leur pays. Tandis que les nationalistes flamands pourrait être mis en parallèle avec les Kurdes. Ils veulent tous deux l’autonomie de leur territoire.
Cependant les Kurdes semblent être plus objectifs quant à leurs revendications. Car ils voulaient au début la formation d’un « grand Kurdistan » mais ils se sont vite rendu compte de la difficulté d’un tel procédé et ont donc revu leur espérance à la baisse. Ils désirent « simplement » le fédéralisme.
Les Flamands ont fait le chemin inverse. Voulant plus d’autonomie pour leur région, ils en viennent maintenant à voter pour un parti nationaliste qui prône l’indépendance.
Bibliographie:
- PIOT Olivier, Vers un Etat kurde au Moyen-Orient? Première partie: Irak et Syrie, in Geo Un nouveau monde: la Terre, n°359, janvier 2009.
- PIOT Olivier, Vers un Etat kurde au Moyen-Orient? Deuxième partie: Turquie et Iran, in Geo Un nouveau monde: la Terre, n°360, février 2009.
- BOUILLON Pierre, Un pays en chantier depuis le berceau, in Le Soir, du 29 mai 2010.
- WIKIPEDIA, Kurdistan, http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurdistan, consultée le 29 octobre 2010.
- WIKIPEDIA, Kurdes, http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurdes#cite_note-4, consultée le 29 octobre 2010.
Tags: alliance · autonomie Kurdistan · Belgique · catholique · confédérale · culture · culture commune · Espagne · fédérale · fédéralisme · flamand · français · grand Kurdistan · histoire · identité · identité commune · Irak · Iran · Irlande · Kurdes · Kurdistan · langue · Moyen-Orient · musulman · religion · séparatisme · Suisse · Syrie · Turquie · Wallon